«Il est impératif de rechercher une solution interjurassienne en matière d'équipements hospitaliers.» Cette petite phrase, noyée dans une prise de position de l'Assemblée interjurassienne (AIJ) lue par l'agrarienne de Sonceboz Marguerite Rüfenacht, constitue un petit pas, timide et diplomatique, qui va pourtant dans le sens de la réalisation d'un hôpital de soins aigus unique pour le canton du Jura et le Jura bernois (Le Temps du 12 février).

Peu encline à ruer dans les brancards et craignant de lancer une idée qui ne serait pas partagée par la quasi-unanimité, l'AIJ n'a pas osé, jeudi à Moutier, fixer clairement l'objectif et dire que, s'ils entendent conserver dans leur région un hôpital de soins aigus, le Jura et le Jura bernois n'ont d'autre choix que de réaliser un établissement commun.

En aparté pourtant, certains membres avouent soutenir le principe de l'hôpital unique, à implanter à Moutier. C'est le cas du président de la délégation du canton du Jura, l'influent radical Georges Rais. Mais il ne l'a pas clamé devant l'AIJ, de peur de susciter tant de réticence que l'Assemblée rebute à souscrire au texte minimal lu par Marguerite Rüfenacht. Un petit pas vaut mieux qu'un grand dessein repoussé!

Jugé «inacceptable» à Saint-Imier, le projet de remplacer les hôpitaux généralistes actuels de Porrentruy, Delémont, Moutier et Saint-Imier par un nouvel établissement interjurassien fait pourtant son chemin. A condition de confier aux établissements existants d'autres affectations et d'y maintenir un volume équivalent de postes de travail.

Dans le canton du Jura, l'accumulation des expertises lézarde ce qui apparaissait il n'y a pas si longtemps comme la panacée: un hôpital multisite à Porrentruy et Delémont. Les experts ont convaincu le ministre de la Santé, Claude Hêche, de la nécessité de construire un nouvel établissement.

Le directeur de l'Hôpital du Jura bernois, Jean-Claude Châtelain, a convenu devant l'AIJ que l'organisation multisite des hôpitaux de Moutier et Saint-Imier ne pouvait être que transitoire. Il suffirait que les résultats financiers 2000 soient largement déficitaires pour que les rangs des partisans d'une solution centralisée grossissent.

Une initiative déterminante devrait être lancée prochainement: Claude Hêche proposera à son homologue bernois Samuel Bhend le financement de l'étude, par les cantons de Berne et du Jura, d'un hôpital interjurassien de soins aigus. La voie sera alors tracée.

Le temps presse. Encore réticente à voir les acquis hospitaliers disparaître et être remplacés par une infrastructure centralisée, la population pourrait vite changer d'avis lorsqu'elle constatera qu'elle paie toujours plus cher pour des établissements qui ne seront bientôt plus à même de garantir la qualité et la sécurité des soins. Il appartient peut-être au corps médical, en majorité acquis au projet d'hôpital unique, de le dire haut et fort.