Les libéraux vaudois sont au pied du mur. Lanceront-ils le conseiller national Serge Beck dans la course au Conseil des Etats aux côtés de l'UDC Guy Parmelin et du radical Charles Favre? Le conseiller national se tient toujours à disposition, mais il doute. Tout comme son parti, soumis à des fortes pressions jusqu'au 1er juin, jour du congrès libéral appelé à trancher.

Un dilemme inconnu jusque-là. Dans le canton, il allait de soi qu'un libéral se présente avec un radical. Même si le résultat n'était plus assuré. Le socialiste Michel Béguelin siège aux Etats depuis deux législatures en compagnie de la radicale Christiane Langenberger.

C'est pour éviter un triomphe de la gauche, portée par la socialiste Géraldine Savary et le Vert Luc Recordon - pour l'heure toujours sur des listes séparées -, qu'UDC et radicaux, forts de leur suprématie électorale, entendent obtenir le retrait libéral.

Cette situation inédite accuse la crise qui touche le camp conservateur. Où une UDC relookée, en pleine santé, entend faire valoir ses intérêts. Où Ecologie libérale, mouvement transversal à la droite, revendique son originalité et une place au Conseil national.

Trois partis à jeu égal

Plus petit partenaire de l'alliance de droite pendant longtemps, l'UDC impose maintenant sa puissance électorale. Les trois partis font désormais jeu égal, constate Charles Favre, conseiller national radical. Cette nouvelle configuration menace les acquis et aiguise les appétits.

Les tiraillements qui marquent le choix des candidats conservateurs pour l'élection aux Etats de cet automne sont exemplaires. L'UDC renonce à briguer un deuxième fauteuil au Conseil d'Etat à l'avantage d'une liste commune. En contrepartie, elle décrète la candidature précoce de Guy Parmelin. Passée l'échéance électorale, les libéraux annoncent qu'ils se lanceront dans la course. Dans la foulée, les radicaux décident que leur porte-drapeau sera Charles Favre. La belle entente des élections cantonales éclate.

Bien sûr, tout le monde reconnaît à tous le droit de faire campagne. Cependant, les uns et les autres déplorent les divisions qui profitent aux adversaires. Finalement, les pressions se multiplient à l'égard du Parti libéral avant son congrès. Et l'on n'exclut pas un retrait honorable, avec compensation, de la candidature de Serge Beck.

Ces passes d'armes cachent mal le déclin libéral-radical face aux ambitions de l'UDC. Un projet politique d'envergure tarde à voir le jour. Charles Favre évoque la durée. Il souhaite l'union de la droite, condition sine qua non de ses succès à venir. Mais sur quelles bases? L'UDC cantonale flirte, même si elle s'en défend, avec le populisme blochérien. Certains libéraux critiquent toujours et encore l'Etat cher aux radicaux sans oublier au passage de souligner l'absence de programme et de personnel politiques des agrariens. Et bon nombre de radicaux désapprouvent les excès néolibéraux de leurs cousins tout comme les débordements nationalistes de l'UDC.

Série de défections

Le ménage à deux était compliqué; à trois, il semble compromis. Pour s'en sortir, on durcit le ton. A la remorque de l'UDC. Bref, selon un notable libéral, le nouveau gouvernement vaudois «concrétise un certain recentrage à droite». Mais ce glissement ne va pas sans mal. Il y a des réticences. Voire des défections.

L'éclosion d'Ecologie libérale, le mouvement fondé par Isabelle Chevalley et consorts en 2003, exprime toute l'insatisfaction d'une frange de la droite. La liste pour le Conseil national, à peine dévoilée, crispe les états-majors. Jusqu'au bras de fer qui se joue maintenant entre la direction du Parti libéral et les dissidents écolos, Jacques-André Haury en tête. L'une «prend acte» de la rupture sans exclure personne tandis que les autres déplorent l'incompréhension de l'appareil. Les antagonistes se renvoient la responsabilité de la brouille.

Claude Ruey, président du Parti libéral suisse, rappelle le refus des propositions de partenariat adressées à Ecologie libérale, à l'image des alliances conclues en Valais et à Neuchâtel. Tandis qu'Isabelle Chevalley évoque plutôt les blocages auxquels elle a dû faire face.

Au-delà des bagarres tactiques, des conflits personnels, la démarche d'Ecologie libérale accuse cependant les hésitations de la droite modérée à incarner une position alternative au tam-tam nationaliste de l'UDC et aux croisades environnementales, très à la mode.

Démarche qui indique l'exigence d'explorer des territoires délaissés par les bourgeois, même si Claude Ruey conteste l'indifférence libérale vis-à-vis de l'écologie. Mais un «aggiornamento» semble néanmoins nécessaire, à la croisée de la croissance économique, du marché et de l'écologie, comme Isabelle Chevalley se plaît à l'imaginer. A mille lieues des tracas à court terme qui préoccupent les libéraux et Serge Beck.