Le soufflé est vite retombé. L'UDC genevoise annonçait, voici quelque temps, qu'allait figurer sur sa liste électorale de fortes personnalités susceptibles de drainer les suffrages nécessaires pour atteindre le quorum de 7% nécessaire à l'accession au Grand Conseil. La liste de 22 candidats présentée jeudi par le président de la commission électorale, Jack Yfar, ne comprend pourtant aucune tête d'affiche, si ce n'est les habituels chefs de file de l'UDC genevoise, les avocats Pierre Schifferli et Jacques Pagan. Ce dernier, par ailleurs président du parti, l'a d'ailleurs reconnu: «L'UDC n'ayant pas à Genève une culture politique acquise, nos candidats partent dans des conditions difficiles.» De plus, alors qu'elle affirmait vouloir être présente dans la course au Conseil d'Etat, l'UDC fait semble-t-il marche arrière. «Au système majoritaire, nous avons conscience de la difficulté de la tâche», analyse Pierre Schifferli. A priori, l'UDC est le seul parti à la droite de l'Entente bourgeoise à se lancer dans la course au législatif cantonal. Selon un accord officieux, l'Union des patriotes suisses aurait trouvé un terrain d'entente avec l'UDC. Contrairement aux élections de 1997, où l'extrême droite était divisée, cet état de fait pourrait bénéficier aux démocrates du centre. Reste à savoir si le mécontentement des Genevois est suffisant pour permettre à l'UDC une entrée au Grand Conseil. D'autant que l'embellie économique de ces deux dernières années n'offre pas de terreau aussi favorable aux thèses de l'UDC. Il n'en demeure pas moins que le parti semble manquer singulièrement d'assurance et d'autonomie politique. N'attend-il pas, «pour des raisons stratégiques», la publication du programme électoral des libéraux avant de porter le sien à la connaissance des Genevois?

Manque d'ancrage local

La présence, jeudi, du président du parti central, Ueli Maurer, à la conférence de presse marquant le lancement de la campagne électorale aurait dû apporter comme un regain de crédibilité de l'UDC genevoise. Surtout au vu des rapports difficiles qu'a pu entretenir le parti central avec la section du bout du lac, notamment en raison de la présence dans ses rangs jusqu'à la fin 1999 de Pascal Junod, soupçonné de côtoyer les milieux d'extrême droite. Mais paradoxalement, elle met plutôt en évidence son manque de maturité politique. Certains observateurs se demandent d'ailleurs si l'UDC va parvenir à s'implanter à Genève. En déclarant que «c'est avant tout au niveau de la Confédération que la politique se mène», Jacques Pagan illustre le manque d'ancrage local de son parti, qui ne compte pour l'heure que 300 membres cotisants. Il ne semble pas à même d'émettre des propositions spécifiquement genevoises, à l'instar de Vigilance dans les années 80.

Le vice-président de l'UDC genevoise, Pierre Schifferli, a tout de même esquissé quelques thèmes programmatiques du parti. Lutte, en renforçant la sécurité aux frontières, contre la criminalité importée, réduction de la charge fiscale des citoyens ou encore combat de la «subventionnite» et libéralisation du secteur du logement «hyperétatisé». L'UDC souhaite également relancer l'idée de fusion ville-canton. Des thèmes que les libéraux pourraient défendre à leur tour, même s'ils ont une vision très divergente en matière d'ouverture de la Suisse à l'Union européenne et à l'ONU. Jacques Pagan voit en tout cas ses principaux adversaires chez les libéraux. Mais, s'adressant à «la classe moyenne», l'UDC aura de la peine à empiéter sur l'électorat libéral. Le Parti radical en revanche, après son virage à droite et le choix de deux candidats de tendance plus populiste, apparaît plus menacé, contrairement au PDC, qui mise plus que jamais sur son centrisme.