La gauche – socialistes et Verts à l'unisson – est sur le point de décrocher une majorité absolue au gouvernement de Bâle-Ville le 28 novembre prochain lors du second tour des élections cantonales. Au parlement également, grâce au score historique du Parti socialiste – le meilleur depuis 1944 – les rouges-Verts se rapprochent de la majorité absolue, avec 62 des 130 sièges. Même si toutes les grandes villes de Suisse – Zurich, Genève, Lausanne, Berne – ont viré rouge-vert depuis le début des années 90, comment s'explique ce retour en force de la gauche sur les bords du Rhin?

Pour Peter Knechtli, observateur de la vie bâloise de longue date et rédacteur en chef du site d'information en ligne www.onlinereports.ch, le résultat de dimanche est une réponse claire aux mesures d'économies prônées par les partis bourgeois. Le Parti socialiste avait encore soutenu le premier plan d'austérité, consistant avant tout à resserrer les boulons, mais le deuxième paquet, agendé à 2005, prévoit de s'attaquer aux prestations sociales et au personnel: «Alors que les plus hauts revenus quittent la ville pour s'établir à la campagne, dans le canton voisin, les mesures d'économies touchent plus lourdement ceux qui ont un plus bas salaire. Cet électorat n'a pas apprécié que le gouvernement parle à la fois de baisser les impôts et d'épargner», explique Peter Knechtli. Pour Beat Jans, président du PS, les résultats de dimanche ne sont pas un phénomène bâlois, mais une tendance au niveau suisse: «Les gens commencent à comprendre ce qui les attend en cas de démantèlement social.»

Polarisation du camp bourgeois en cause

Autre facteur avancé par Peter Knechtli: l'extrême polarisation dans le camp bourgeois, en raison des attaques virulentes de l'UDC envers les Partis radical, libéral et démocrate-chrétien. «Cela donne l'impression que l'on n'a plus besoin des partis du centre. Ils sont trop peu profilés. C'est une paralysie des forces.» Urs Schweizer, président du Parti radical, livre une analyse similaire: «La peur de voir l'UDC gagner du terrain a poussé encore plus les électeurs à voter à gauche.» Les formations de gauche sont parties groupées: pour la première fois, elles ont présenté une liste unique pour le Conseil d'Etat. Mais elles ont aussi su mobiliser de nouveaux électeurs, notamment parmi les associations de migrants, ainsi que dans les milieux culturels.

Avec ou sans majorité absolue au Conseil d'Etat, la gauche renforcée va se voir confrontée au chantier des finances publiques, et sera amenée probablement à prendre des positions impopulaires. Même si l'électorat a donné un signe clair en faveur d'un Etat social, Bâle entretient un appareil lourd, avec l'une des densités de fonctionnaires les plus élevées de Suisse. «Le PS a une longue tradition de parti gouvernemental. Nous avons toujours montré que nous voulions trouver des solutions», répond Beat Jans. Qui poursuit: «Il faut surtout arrêter de toujours se plaindre, comme le font les partis bourgeois pour justifier des hausses d'impôt. La dernière baisse remonte à deux ans. Et nous avons une des plus fortes croissances de Suisse.» Le président du PS reconnaît que, comme dans toutes les villes, le départ des «bons» contribuables qui veulent se mettre au vert est un problème. Mais mise notamment sur un grand projet immobilier au cœur de Bâle, sur des anciens terrains de la gare allemande. Le plan de zones pour cette île de verdure destinée aux revenus moyens à hauts devrait être bientôt soumis au verdict populaire.

Le radical Urs Schweizer craint même qu'une majorité de gauche ne rende la collaboration avec Bâle-Campagne plus difficile: «Nous allons encore perdre en attractivité si la gauche ne veut pas économiser.» Le président du PS rejette avec véhémence ce scénario. «Nos conseillers d'Etat, dans les deux cantons, sont les plus engagés dans ce domaine.»