Après un dimanche électoral électrique, Fribourg a retrouvé lundi sa sérénité. Le réveil est sans surprise. Malgré un violent assaut radical, les socialistes ont finalement maintenu leurs deux sièges au Conseil d'Etat, grâce à un soutien inconditionnel des villes, dont l'importance ne cesse de croître sur l'échiquier politique fribourgeois (LT du 27.11.2006). La formule magique locale (3 PDC, 2 PS, 1 PLR et 1 indépendant) est ainsi renouvelée pour cinq ans. Avec deux femmes, deux germanophones et une provenance géographique de ses membres qui quadrille assez bien le territoire cantonal, le gouvernement présente par ailleurs un bel équilibre d'ensemble.

Un équipage à composer

Composé de trois nouveaux venus (les socialistes Anne-Claude Demierre et Erwin Jutzet, ainsi que le démocrate-chrétien Georges Godel), qui s'ajoutent aux quatre sortants Isabelle Chassot, Beat Vonlanthen (PDC), Pascal Corminboeuf (indépendant) et Claude Lässer (PLR), le collège doit maintenant trouver sa cohésion. Afin de répondre aux défis qui se dressent devant lui. Y parviendra-t-il?

«Ce qui m'a surpris, durant la campagne, c'est que les candidats ont beaucoup parlé de la gestion du passé, et très peu des projets, des idées pour l'avenir. Or le Conseil d'Etat ne doit pas seulement gérer les affaires courantes, mais aussi développer une conception du canton à un horizon de 10 à 15 ans.»

La remarque émane du conseiller aux Etats Alain Berset (PS). Elle est partagée par de nombreux observateurs: les nouveaux magistrats n'ont pas un profil de visionnaires, mais appartiennent plutôt à la catégorie des gestionnaires. En aparté, d'aucuns craignent même un affaiblissement du Conseil d'Etat. Leur scénario: les quatre «anciens» tiendront le gouvernail à l'avant du navire avec plus ou moins de vista, tandis que les trois «bleus» souqueront ferme à l'arrière.

Or, si le canton de Fribourg se porte actuellement plutôt bien, les enjeux de ces cinq prochaines années seront cruciaux. Fier de ses finances saines, de la qualité de son école ou de son taux de chômage peu élevé, Fribourg doit trouver sa place dans un puzzle helvétique en recomposition. L'un de ses atouts est son bilinguisme. Isabelle Chassot, patronne de l'Instruction publique, promet un concept d'apprentissage des langues ambitieux, avec introduction de l'allemand dès l'école enfantine. Ce sera là l'un des chantiers majeurs de la législature, au même titre que celui de l'Université, qui doit définir ses pôles de compétences.

Après un premier élan de fusions de communes, les réformes territoriales devront être accélérées, pour améliorer l'efficience cantonale. La mise en œuvre de la nouvelle politique régionale et du Réseau hospitalier fribourgeois, la péréquation Confédération-cantons et canton-communes figurent aussi au menu de la législature. Tous ces thèmes demandent des qualités de décideurs. Le nouveau Conseil d'Etat les aura-t-il?

La valse des fauteuils

Pour l'instant, toutefois, les conjectures se focalisent sur la prochaine répartition des départements. Présidente du gouvernement en 2007, Isabelle Chassot a déjà pris contact avec ses futurs collègues pour connaître leurs desiderata. La séance formelle d'attribution des directions aura lieu sous sa houlette le 22 décembre.

L'attention se porte sur deux hommes. Le premier, Beat Vonlanthen, devrait quitter l'Aménagement, l'environnement et les constructions pour l'Economie. Dans son sillage, on le verrait bien prendre avec lui l'Environnement pour créer un Service du développement durable en lien avec l'Economie. Par contre, la Formation professionnelle, intégrée à l'Economie, pourrait en partie rejoindre l'Instruction publique, du moins en ce qui concerne le niveau tertiaire (HES). La Formation de base (apprentissages) resterait en revanche à l'Economie, en raison du fort soutien financier que lui apporte le patronat.

Le second est Pascal Corminboeuf. Il a émis le désir de reprendre la Santé, mais pourrait tout aussi bien aller à l'Aménagement ou rester aux Institutions. De sa décision dépendra l'attribution des dicastères aux nouveaux élus, étant donné qu'Isabelle Chassot gardera bien sûr l'Instruction publique et Claude Lässer les Finances, où il est à l'aise.