A qui profite la crise? Quel est le parti le mieux à même de tirer, en termes d'image et de progression électorale, un bénéfice de la période particulièrement chahutée que traverse la politique suisse? A priori, le PS est le mieux placé pour exploiter et l'indignation et l'inquiétude des citoyens à propos de la crise financière. Et l'UDC peut nourrir des regrets d'autant plus vifs qu'elle s'est mise elle-même en mauvaise posture.

Imaginons un instant que Christoph Blocher ait été réélu le 12 décembre dernier. C'est à lui, et non à Eveline Widmer-Schlumpf, qu'aurait incombé la responsabilité de parer la défaillance de Hans-Rudolf Merz, de prendre en charge le sauvetage d'UBS et d'en influencer les modalités, et c'est lui qui aurait pu s'en attribuer le mérite.

C'est lui également qui présiderait la Confédération en 2009. Christoph Blocher, qui a toujours ambitionné d'être un Churchill alpestre, se trouve irrémédiablement et définitivement hors jeu, juste au moment où se lève la tempête.

Avec pour seule limite l'impératif de ne pas augmenter l'inquiétude et le désarroi des citoyens face aux retombées de la crise financière, les socialistes peuvent faire vibrer dans différents registres une corde particulièrement sensible à propos du secours apporté à UBS.

«Si l'on peut investir des milliards pour les banques, pourquoi ne pourrait-on pas en faire autant pour les assurances sociales?» ce genre de propos peut être décliné longuement par les temps qui courent et gonfler les voiles des initiatives de la gauche.

On le voit avec les premiers sondages sur l'initiative pour un âge de la retraite flexible. Le méchant banquier et l'odieux spéculateur ne sont plus des figures caricaturales de l'imaginaire historique de la gauche, mais une illustration de l'actualité au jour le jour.

La position du PS a toutefois quelque chose de paradoxal. Il est momentanément pris à contre-pied, dans une démarche qu'il a de surcroît eu beaucoup de peine à faire passer auprès de ses propres troupes.

C'est justement au moment où il s'aventurait loin de ses bases idéologiques sur la problématique de la sécurité publique, en la disputant à l'UDC qui en avait le quasi-monopole, que l'actualité lui offre de camper dans des postures beaucoup plus traditionnelles. Mais, en dehors de l'initiative sur la retraite flexible, il manque de propositions pour exploiter un vent qui a rarement été aussi favorable. Il devrait y revenir en fin de semaine sur un terrain plus orthodoxe en présentant les grandes lignes d'un programme de relance.

Pour l'UDC, la crise survient au pire moment, alors qu'elle n'est ni au Conseil fédéral ni vraiment dans l'opposition, suspendue dans les limbes de la clarification de son rapport au père.

Le parti qui se voulait d'opposition a été le premier à saluer le plan du Conseil fédéral, et la crise financière survient au moment où une bonne moitié des démocrates du centre souhaitent ouvertement reprendre des responsabilités gouvernementales.

L'UDC en est réduite à émettre des rappels à l'orthodoxie libérale, et à formuler, comme propositions concrètes, l'inscription du secret bancaire dans la Constitution et le retrait de la demande de d'adhésion à l'UE.

Jusqu'ici, le cours des événements aura au contraire plutôt bien servi les radicaux. Le hasard des choses aura à la fois permis à Pascal Couchepin d'exercer ses responsabilités présidentielles et à Hans-Rudolf Merz de ne pas avoir à assumer, dans la phase de décision, des responsabilités ministérielles qui auraient pu froisser ses convictions libérales.

Le parti a réussi à camper jusqu'ici dans une position d'équilibre entre des impératifs qui pourraient s'avérer partiellement contradictoires.

Les radicaux sont à la fois dépositaires de la responsabilité gouvernementale - encore soulignée par l'absence de l'UDC -, ils jouent les garde-fous contre des attentes excessives envers l'Etat, tout en sachant manifester de la compréhension pour les sentiments populaires, en émettant quelques propositions hétérodoxes, sur la récupération des bonus des banquiers, par exemple.

Les démocrates-chrétiens demeurent pour leur part dans une sorte d'état de latence. En tant que ministre de l'Economie, leur unique conseillère fédérale est l'objet d'attentes pas vraiment formulées et peine à s'imposer dans ce contexte. öPage11