AnalyseL'exécutif de la Ville de Genève changera-t-il vraiment de visage dimanche? Certes, il comptera en tout cas trois nouvelles personnalités sur cinq, ce qui représente un remaniement de taille. Mais on peut se demander si cela suffira à donner un souffle neuf à la plus grande commune du canton, qui sort d'une législature chaotique, marquée par les affaires et les querelles entre édiles.

Un recentrage souhaitable

A deux jours de l'élection municipale, personne ne pronostique un renversement de majorité. La gauche, qui règne au Conseil administratif depuis 1991, paraît durablement installée en Ville. Une tendance générale en Suisse. A Genève, elle est si puissante qu'actuellement, quatre des cinq magistrats sont de gauche. Dont deux de la gauche dure: Christian Ferrazino et André Hédiger, qui ne se représentent pas. Pendant quatre ans, le déséquilibre des rapports de force a été flagrant: le libéral Pierre Muller, qui se retire aussi, n'a pas su influencer les décisions du collège.

Aujourd'hui, un recentrage de l'exécutif est souhaitable. Ne serait-ce que par cohérence: il y a cinq semaines, les électeurs ont plébiscité le centre au parlement municipal, en pénalisant les extrêmes. Comme ils l'avaient décidé en 2005 au niveau cantonal. Ils ont dit à leurs autorités qu'elles sont d'abord élues pour résoudre leurs problèmes quotidiens, en faisant preuve de pragmatisme.

En tout cas, la gauche dure, qui siège au sein de l'exécutif depuis 37 ans, perdra un siège: celui d'André Hédiger. Le maire communiste inculpé pour avoir fait sauter ses amendes laissera sans doute un goût amer aux Genevois. En ne présentant qu'un seul candidat de la gauche dure en la personne du syndicaliste Rémy Pagani, la gauche prend le risque de perdre un fauteuil pour n'en conserver que trois: les deux sortants -le socialiste Manuel Tornare et le Vert Patrice Mugny- devraient être réélus. Tirée par la locomotive Tornare, la socialiste Sandrine Salerno devrait aussi passer la rampe. D'autant qu'elle bénéficiera du vote des femmes, absentes de l'exécutif depuis 1999. Pour Rémy Pagani, en revanche, l'affaire est loin d'être dans le sac: son profil d'agitateur pourrait déplaire à l'électorat de gauche. Surtout chez les Verts, qui risquent de biffer son nom à tour de bras.

Restaurer la crédibilité

A droite, le siège libéral devrait revenir au radical Pierre Maudet, qui a fait du renouveau son slogan. Et sa conviction, espère-t-on. Ses deux colistières tenteront d'arracher un second siège. La libérale Nathalie Fontanet n'est pas donnée gagnante par les observateurs, qui relèvent que les libéraux sont souvent mal élus dans les exécutifs. Au parlement, ils ont perdu quatre sièges. En outre, elle pourrait subir les conséquences de la crise que traverse son parti. Et de la candidature de combat de l'UDC Yves Nidegger. La PDC Anne-Marie von Arx-Vernon, en revanche, séduit une partie de l'électorat de gauche. Avec un coup de pouce du vote des femmes, elle pourrait être élue.

Que les Genevois décident de rééquilibrer l'exécutif ou pas, une chose est sûre: un changement de générations se fera. Pierre Maudet a 29 ans, Sandrine Salerno, 35 ans. S'ils sont élus, on peut espérer qu'ils contribueront à changer l'état d'esprit d'un exécutif miné par les luttes d'ego. Une redéfinition des départements serait également salutaire. D'ailleurs, l'actuel patron de la Culture, Patrice Mugny, aurait l'intention de céder son dicastère à Manuel Tornare pour reprendre l'Aménagement. Le Vert pourrait ainsi coordonner ses efforts avec ceux de son collègue de parti, le magistrat cantonal Robert Cramer. Une nécessité à Genève, où Ville et canton bloquent de nombreux projets à force de se disputer. Pour la nouvelle équipe, le principal défi sera de restaurer la crédibilité entamée du Conseil administratif.