Premier parti jurassien qui tient les principaux leviers du canton, le PDC a subi, lors des élections fédérales de 2007, un revers qui a fait grand bruit. Les socialistes avaient doucement ri sous cape. Les élections communales ont provoqué un retour de balancier. Pendant que le PS (comme le PLR et l'UDC) accumulait les déconvenues - perte des mairies de Courrendlin et Fontenais, dégringolade dans le fief de Delémont -, le PDC fêtait des succès. Il a engrangé les mairies perdues par le PS et a conservé les citadelles combattues, à Alle et Courfaivre. Et il paraît en mesure de s'offrir une triple gâterie lors du second tour le 21 décembre: prendre la mairie de Haute-Ajoie, rester aux commandes à Porrentruy et faire tomber le bastion de gauche de Delémont.

Pierre Kohler pas encore élu

A Delémont, bien que sorti du bois en dernière minute et donnant l'impression de ne pas vraiment faire campagne, craignant peut-être de s'offrir un cadeau empoisonné, l'ex-ministre Pierre Kohler a réalisé un raz de marée dont personne n'avait imaginé l'ampleur. Avec 43% des suffrages au premier tour, 15 points et 625 voix d'avance sur le maire socialiste sortant Gilles Froidevaux, le préretraité de la politique jurassienne (en 2007, à 43 ans, Pierre Kohler a quitté le Conseil national pour s'occuper de ses enfants) a presque course gagnée. Comme en 1993 lorsqu'il a accédé au gouvernement cantonal contre l'avis de son parti, il semble avoir fait le plus dur, en ayant insufflé une dynamique sur laquelle il pourra surfer.

Pourtant, d'aucuns exhument le dicton affirmant qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Dimanche, Pierre Kohler a surtout focalisé le vote protestataire dirigé contre Gilles Froidevaux. Brandir un carton jaune en votant massivement Pierre Kohler est une chose, introniser un maire de droite en est une autre.

Gérard Guenat a bien résisté

Gilles Froidevaux sait qu'il part avec un sérieux handicap mais n'a pas renoncé à mobiliser les électeurs de gauche qui ont boudé le premier tour. Il entend aussi séduire les chrétiens-sociaux pour élargir le front de la gauche à Delémont. Et il veut débattre ouvertement avec Pierre Kohler, pour signifier ce qui les différencie et mettre en difficulté celui qui revendique le changement, sans en préciser le contenu. Si l'opposition est coalisée autour de Pierre Kohler à Delémont, ceux qui prônent le changement à Porrentruy se dispersent. Le maire sortant, le PDC Gérard Guenat, qu'on disait contesté, a remarquablement résisté au premier tour, terminant avec un net avantage sur les outsiders chrétiens-sociaux et socialistes.

Bisbilles profitables au PDC

Pourtant, s'ils s'allient, les challengers ont une chance de l'emporter. Mais, comme en 2000, PCSI et PS chipotent. Deuxième du premier tour, Thomas Schaffter s'estime légitimé comme candidat du changement. Au PS, on affirme que François Laville, troisième à 33 voix de Thomas Schaffter, est mieux à même de passer devant Gérard Guenat, dans une triangulaire. Ces bisbilles ne peuvent que profiter au maire PDC.

Le PS a tout à perdre le 21 décembre. S'il veut se donner une chance de sauver «sa» mairie de Delémont, il doit se retirer de la course à Porrentruy et s'aligner derrière le candidat PCSI, pour espérer une contrepartie. Tant que PS et PCSI ne s'entendront pas, le PDC continuera de faire la pluie et le beau temps.