L'imminence d'une réouverture du tunnel du Mont-Blanc, estimée au cours de la deuxième moitié du mois de janvier, incite les partisans du rail à proposer des alternatives au transport de marchandises par la route. Alors que les ministres français et italien des Transports se sont rencontrés jeudi, de façon informelle, sur la plate-forme italienne de l'entrée du tunnel afin de se rendre compte sur place des raisons qui retardent l'ouverture de l'ouvrage aux véhicules légers, des anciens ingénieurs du CERN ont convoqué les médias pour présenter une solution à la traversée alpine des camions.

L'exemple du LEP

Pour cautionner le sérieux de leur projet, les scientifiques, réunis au sein de l'association «Liaison ferroviaire Mont-Blanc», mettent en avant leur participation à la construction du LEP, cet anneau de 27 km de longueur enfoui dans le sous-sol genevois. «Nous proposons de construire un tube qui relierait par voie ferrée le Fayet, en Haute-Savoie, et Morgex, dans le Val d'Aoste», explique Jean-Claude Fourneaux, hydrogéologue. «Toutefois, il ne s'agit pas d'une simple ligne de chemin de fer, précise Jacques Dupin, physicien. Nous souhaitons développer un concept de navette légère pouvant porter de deux à quatre poids lourds, entièrement automatisée.» Les scientifiques insistent également sur l'aspect écologique de leur proposition. «En utilisant l'inclinaison du tunnel, les navettes pourront économiser jusqu'à 50% de l'électricité grâce à un freinage magnétique», poursuit Jacques Dupin. Coût d'un tel projet: quelque 2,5 milliards d'euros (3,7 milliards de francs).

Pour l'instant, cette initiative spontanée manque cruellement de soutien politique. Certes, les gouvernements français et italien se sont engagés à transférer sur le rail les poids lourds, mais ils ont déjà deux projets: la rénovation du tunnel du Mont-Cenis dont la capacité de transit devrait doubler en 2006 et le fameux Lyon-Turin à l'horizon 2012. Pour Christian Barbier, membre de l'association, le projet de Liaison ferroviaire Mont-Blanc ne concurrence pas celui du Lyon-Turin, «il le seconde. Puisque le trafic routier va continuer à augmenter».