Inculpés. L'ancien président du conseil d'administration de la Banque Cantonale de Genève, Dominique Ducret; l'ex-directeur général, Marc Fues; un ancien membre de la direction, René Curti; et les deux réviseurs de la fiduciaire ATAG se sont chacun vu signifier les accusations qui leur sont reprochées par la justice pour leur rôle joué dans la débâcle de l'établissement et dans les 2,7 milliards de francs de pertes subies.

L'affaire avait quelque chose d'inhabituel. Les prévenus étaient tous convoqués à la même heure et ils ont été reçus «en quadriplex», chacun dans un bureau différent, par les quatre juges d'instruction chargés de l'enquête. L'ordonnance, détaillée sur plusieurs pages, retient les accusations de faux dans les titres, de gestion déloyale et de gestion déloyale des intérêts publics, ainsi que de faux renseignements sur des sociétés commerciales.

Des charges contestées par l'ancien directeur Marc Fues. «Quelles qu'aient pu être les pertes de la banque, il est choqué qu'on puisse l'accuser d'avoir voulu léser les intérêts de l'établissement. On lui reproche presque la crise des années 80. Nous allons au-devant d'une bataille juridique frontale et individuelle, afin que chacun prenne ses responsabilités», a relevé son défenseur Me Christian Lüscher.

L'ancien président du conseil d'administration, Dominique Ducret, clame tout aussi haut et fort son innocence. «Il est serein et affirme avoir toujours agi dans l'intérêt de la banque et en toute transparence, en accord avec le Comité de banque et, indirectement, avec la Commission fédérale des banques», souligne son avocat Me Robert Assaël. Après une année d'enquête, cette inculpation lui permet néanmoins de voir enfin le dossier et lui ouvre les droits de la défense. Les trois autres inculpés rejettent également les infractions retenues. Afin d'éviter le risque de collusion, l'enquête est désormais «suspendue». C'est-à-dire que, dans un premier temps, les personnes seront d'abord entendues séparément. Plusieurs milliers de documents saisis ont été sélectionnés. Selon le juge Daniel Dumartheray, les mesures d'instruction, les auditions de témoins ou la mise en œuvre d'une éventuelle expertise vont se poursuivre «de manière continue», toujours par les quatre magistrats spécialisés dans les enquêtes financières.

Actuellement, seule une demande émanant de petits actionnaires a été déposée afin d'obtenir des dédommagements pour la perte qu'ils ont subie. Quant aux annonces publiques faites par la Ville et l'Etat, aucune procédure n'a encore été formellement engagée. De leur côté, les avocats des inculpés pourraient leur contester le droit d'agir. Les regards se tournent aussi vers la banque elle-même, qui pourrait se déclarer lésée.