Ce mercredi de mi-avril, André Glauser, responsable du Département de la sécurité de la Ville de Bienne, a bien rigolé en ouvrant le paquet qui lui était destiné. A l’intérieur, un cactus, décerné par L’Illustré. «Ils sont bien organisés», plaisante-t-il en agitant le papier de soie mauve qui emballait son cadeau. Pourquoi ce bonnet d’âne piquant de la part du magazine romand? «Ils critiquent le fait que je n’ai pas pu confirmer le nombre des mosquées biennoises. La RTS a rapporté des bruits de couloir et annoncé 15 à 18 lieux de prière. Ce sont des chiffres qui circulent, je ne sais pas d’où ils viennent et surtout, je n’ai trouvé personne en ville de Bienne qui les confirme. Je n’en compte que dix. Et encore. Une va devoir fermer, car elle ne paie plus son loyer.» Pas rancunier, l’Alémanique, qui parle parfaitement français, s’est empressé d’écrire au rédacteur en chef pour le remercier de son envoi.

Attrait pour la biologiste marin

Assis dans la grande salle de conférences qui jouxte son bureau, au quatrième étage de la tour du Palais des congrès, en jeans et chemise blanche, montre de plongée au bras, le Biennois est détendu, malgré les nombreuses vibrations de son téléphone portable. La vague de réactions médiatiques qui a suivi l’annonce de la création d’un groupe de travail «extrémisme et radicalisation» s’est calmée. «Cette semaine, j’ai eu ma dose. J’ai trouvé étonnant cet intérêt subit pour ce modeste groupe de travail de neuf personnes que l’on vient de lancer. Seuls les Romands en ont parlé. Je n’ai eu aucune sollicitation du côté alémanique.»
Etre au front fait partie de son métier, depuis longtemps. Avant d’occuper sa fonction actuelle, il a été durant douze ans aux commandes de la police municipale. «Je ne m’énerve quasiment jamais et j’élève très rarement la voix. En plus de dix ans, mon assistante m’a peut-être vu deux ou trois fois sortir de mes gonds.»

Né à Saint-Gall, André Glauser est l’aîné de trois enfants. La famille déménage à Bienne lorsqu’il a 3 ans. Son père, installateur sanitaire, a trouvé un travail dans la capitale seelandaise. Enfant, il rêve de devenir biologiste marin, à force de passer ses vacances dans les Calanques, près de Marseille, où son père aime faire de la plongée sous-marine. «Mais comme je n’étais pas très doué en sciences, j’ai opté pour le latin et le grec au gymnase.»

C’est un film, vu à l’adolescence, qui lui donne envie de se diriger vers des études de droit, à l’université de Berne. Twelve Angry Men met en scène 12 jurés qui doivent statuer sur la culpabilité d’un jeune homme qui risque la peine de mort. L’un d’eux arrive à convaincre tous les autres de son innocence. Ses études d’avocat terminées, il est engagé comme secrétaire de direction académique à la Direction de la sécurité à Bienne. Une année plus tard, il sera nommé commandant de la police municipale. Il a alors 33 ans, mais est loin d’être un novice en matière de conduite humaine, puisqu’il est capitaine à l’armée.

Ce n’est pas en conquérant qu’il débarque dans le milieu policier. «Des commissaires très expérimentés qui m’ont tout de suite accepté et m’ont montré comment les choses fonctionnaient. J’ai écouté, je suis allé voir sur le terrain, j’ai fait des services de nuit avec mes hommes. Il faut d’abord se renseigner avant de prendre les choses en main et introduire des changements.»

C’est à la suite de la fusion de la police municipale et cantonale qu’il a été nommé chef de la Sécurité en 2009. «Je n’ai plus de policiers armés sous ma responsabilité vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec le risque élevé qu’un collaborateur soit blessé ou dans une situation dangereuse. C’est un soulagement. De plus, j’ai élargi mon champ de travail.» En effet: protection civile, police des étrangers, contrôle des habitants, sapeurs-pompiers, police du commerce, circulation routière, ses tâches de conduite concernent des entités très différentes.

«Si la moitié de mes activités sont de la paperasse, j’ai encore beaucoup de contacts avec la police cantonale lorsqu’il y a des matches ou d’autres manifestations. Je me rends également sur le terrain lorsqu’il y a des gros incendies, l’arrivée des gens du voyage ou lors d’événements de grande envergure. Je vais voir comment ça fonctionne.»
Au fait, que pense ce membre du Parti libéral-radical alémanique de l’image négative de Bienne dans les médias? «La façon dont on nous traite est un peu injuste. On oublie tous les points positifs, la construction des nouveaux stades Tissot Arena, le futur campus, la tolérance et le multiculturalisme qui règne dans notre ville. Ici les gens sont simples et authentiques.»
Et musulmans, non? «Selon les estimations, Bienne compte environ 5000 musulmans pour 55 000 habitants. Vu le peu de problèmes concrets que nous avons avec ces personnes, on peut affirmer que la plus grande partie arrive à s’intégrer. Et le petit pourcentage qui pose problème, il faut s’en occuper.» D’où son initiative de créer le groupe de travail «extrémisme et radicalisation», qui s’est réuni début avril pour la deuxième fois.

Meilleure collaboration

C’est en lisant le rapport Tetra de la Confédération sur cette problématique que cet ancien policier a eu cette idée. Y est mentionné ce qui peut être fait au niveau régional et communal. «Je me suis demandé si nous en faisions assez. J’ai répondu par la négative et me suis dit que l’on peut encore améliorer les choses. Notre but n’est pas de chercher des cellules terroristes, c’est le travail de la Confédération et de la police, mais de mieux nous préparer et nous organiser.» Concrètement cela signifie une meilleure collaboration entre les différents services de la Ville dans le but d’échanger des informations sur les personnes à risque, une définition des processus à suivre dans ce cas, mais également une sensibilisation de tous les acteurs locaux à cette problématique. «Nous venons de commencer notre réflexion. Nous allons devoir faire approuver nos démarches par les instances politiques.» En attendant, ce père de famille continue de veiller sur Bienne et de se détendre quotidiennement, avec ses deux chiens, dans la forêt qui jouxte son domicile. Ce qui lui manque dans la vie? «Je trouve qu’on ne rit pas assez dans le monde professionnel. Le rire, c’est bon pour la santé et ça détend.»