Les contours d’Innosuisse, la future agence de l’innovation suisse, se précisent. Vendredi, le Conseil fédéral a nommé André Kudelski à sa présidence. Le directeur général de l’entreprise qui porte son nom devra relever ce défi: doper la capacité d’innovation des entreprises suisses. Il disposera de moyens conséquents pour le faire: près d’un milliard de francs suisses pour la période 2017-2020.

L’enjeu: créer les emplois de demain

Créée il y a 60 ans, l’actuelle Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) est appelée à disparaître début 2018 pour céder la place à Innosuisse. La nouvelle entité sera indépendante de l’administration fédérale et fonctionnera sur le modèle du Fonds national suisse de la recherche scientifique. Johann Schneider-Ammann, conseiller fédéral en charge du Département de l’économie, rappelle qu’il était nécessaire de moderniser cette structure pour affronter les défis du 21e siècle. Et il insiste sur l’importance de l’enjeu: créer les emplois de demain.

Le Président de la Confédération connaît André Kudelski depuis trente ans, a-t-il avoué, sans cacher son plaisir de nommer un grand patron à la présidence d’Innosuisse. Le conseil d’administration sera composé de six autres représentants du monde scientifique et économique, nommés également vendredi. Il s’agit d’un organe stratégique, chargé de chapeauter la future direction. Son nouveau président parle d’un «engagement de milice». Il y consacrera du temps, mais n’abandonne pas pour autant sa propre entreprise.

La CTI en mieux

La mission de base d’Innosuisse reste inchangée par rapport à celle de la CTI: favoriser le transfert du savoir scientifique vers les entreprises. Les PME, premier employeur du pays, de même que les jeunes pousses, doivent pouvoir en bénéficier. Parmi les projets qui ont été soutenus, on trouve par exemple une collaboration entre chercheurs, agriculteurs et boulangers pour améliorer la qualité du blé bio. Sophia Genetics, active dans la médecine basée sur les données, a également bénéficié de l’appui de la CTI pour son développement.

Mais dans un environnement hautement concurrentiel, la CTI souffrait de plusieurs handicaps. Ses lenteurs et sa bureaucratie ont régulièrement été critiquées, de même que son manque de transparence dans les financements octroyés.

Nouveau cahier des charges

Innosuisse a encore tout à prouver. Dans son fonctionnement comme dans ses choix stratégiques. Deux nouvelles tâches viennent se greffer sur le cahier des charges. La nouvelle organisation soutiendra également les personnes qui souhaitent créer ou veulent reprendre une entreprise. Des bourses et des prêts sans intérêts seront également octroyés afin d’encourager la relève scientifique dans le domaine de l’innovation.

André Kudelski a déjà annoncé vendredi les nouvelles dimensions qu’il compte intégrer à l’innovation: la capacité à développer de nouveaux modèles économiques, comme l’ont fait Google ou Facebook, et la propriété intellectuelle. «Trop souvent, on résout un problème technique, sans songer suffisamment à sa valeur ajoutée», explique-t-il. Par contre, il n’entend pas privilégier un secteur plutôt qu’un autre. «Innosuisse doit rester ouvert à tous les domaines d’activité: soutenir ceux qui existent déjà et ceux qui émergent comme les fintech où beaucoup de choses restent à inventer».