André Magnin n'a pas perdu de temps. En fonction depuis le 1er mai, le nouvel ingénieur cantonal fribourgeois réorganise de fond en comble le Service des ponts et chaussées (SPC). Fait notable: l'entité «études et réalisations routières» est scindée en deux sections, l'une devant s'occuper de la conception stratégique, l'autre de la réalisation proprement dite des projets. Par ailleurs, les grands chantiers, en premier lieu celui du pont de la Poya, auront leur propre organisation.

Cette réforme semble vitale. Après le désastre de la H189, la route de contournement de Bulle (surcoût de 78,5 millions), il est apparu que le SPC avait un fonctionnement chaotique. André Magnin doit non seulement motiver ses troupes, démoralisées par ce fiasco, mais aussi regagner la confiance du peuple fribourgeois. Premièrement en menant à bien la construction du pont de la Poya.

Le Temps: Quelle est l'ambiance au sein du SPC?

André Magnin: Avec l'annonce de la nouvelle organisation, j'ai senti un regain d'espoir. L'ambiance, qui avait plongé avec la crise de la H189, remonte, d'autant plus que de nouveaux collaborateurs vont nous rejoindre. C'est un peu une renaissance.

- Pourquoi séparer le stratégique de l'opérationnel?

- Cela décharge les responsables de l'opérationnel. Auparavant, les collaborateurs de l'entité «études et réalisations routières» avaient des missions trop diverses, et manquaient de temps pour les réaliser. Conséquence: tant le stratégique que l'opérationnel en souffraient.

- Avec votre regard neuf, comment analysez-vous le fiasco de la H189?

- Il est surtout dû au désordre organisationnel. Il régnait un manque flagrant de communication entre les collaborateurs. On pensait que c'était l'autre qui faisait, personne n'endossait les responsabilités, en particulier du suivi des coûts. Le chantier n'avait aucun pilote avec une vision d'ensemble. C'est pour cette raison que j'ai mis en place une organisation propre au projet, comme le pont de la Poya aura la sienne.

- Quelles garanties cette nouvelle organisation offre-t-elle?

- Elle doit nous permettre de maîtriser les futurs chantiers grâce à une meilleure communication à l'interne. Pour le pont de la Poya, nous allons nous attacher, davantage que pour la H189, les services de bureaux d'aide aux maîtres d'œuvre et d'experts externes. Ce pont est une réalisation exceptionnelle, avec la plus grande portée de Suisse pour un ouvrage haubané. Les Fribourgeois ne pourront pas le bâtir tout seuls dans leur coin.

- Le canton a-t-il réellement les moyens de gérer des chantiers tels la H189 ou le pont de la Poya?

- Tout à fait. Avec une organisation propre telle que celle mise en place pour ces deux projets, nous sommes parfaitement à même d'effectuer ce genre de travaux. L'Office fédéral des routes a du reste une structure semblable pour ses grands projets. Je n'ai pas honte de dire que je me suis largement inspiré de cet exemple.

- Le budget du pont de la Poya (120 millions de francs) sera-t-il tenu?

- Le conseiller d'Etat Georges Godel a demandé un audit pour savoir comment avait été calculé le crédit sur lequel le peuple fribourgeois s'était prononcé. J'attends son résultat pour répondre avec justesse. Mais j'ai l'impression que, globalement, cela devrait fonctionner.