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Andrea Caroni, conseiller aux Etats d’Appenzell Rhodes-Extérieures à la tribune du Conseil national, en 2015.
© Dominic Steinmann / Keystone

Interview

Andrea Caroni: «L'Etat n'a pas à légiférer sur un vêtement»

Un comité interparti s'est formé pour mener campagne contre l'initiative pour l'interdiction de la burqa. Entretien avec son président, Andrea Caroni

Les Suisses se prononceront sur la burqa: l’initiative populaire du Comité d’Egerkingen a abouti avec 105 553 signatures valables, a annoncé vendredi la Chancellerie fédérale. Ce texte vise à interdire à quiconque de dissimuler son visage dans l’espace public et prévoit des exceptions, pour des raisons de santé par exemple. Le débat s’annonce tendu. Une contre-offensive se prépare sous la houlette du conseiller aux Etats d’Appenzell Rhodes-Extérieures Andrea Caroni. Le PLR de 37 ans a rassemblé un comité de sept membres tous partis confondus, parmi lesquels l’UDC Claudio Zanetti (ZH), le conseiller aux Etats socialiste Hans Stöckli (BE) ou la conseillère nationale PDC Barbara Schmid-Federer (ZH).

Le Temps: Pourquoi vous opposer à cette initiative?

Andrea Caroni: Par conviction libérale: l’État n’a pas à légiférer sur les vêtements des citoyens. Sans compter que cette loi ne réglerait pas les problèmes qu’elle prétend combattre. Elle ne ferait que générer de la bureaucratie et limiter la liberté et la sphère privée des individus. Les initiants jouent le jeu des extrémistes: comme eux, ils cherchent à créer des tensions en agitant des symboles.

– L’État ne doit-il pas donner un signal clair contre une pratique liberticide?

– La loi interdit déjà toute contrainte. Soudain, des cercles conservateurs qui ne se préoccupent d’ordinaire jamais d’égalité entre les sexes prétendent se battre pour la liberté d’une poignée de touristes féminines des pays du Golfe. C’est révélateur de l’hypocrisie des initiants: cette campagne est un prétexte. On prétend combattre une maladie imaginaire avec un médicament placébo, par paranoia de l’islam.

– Comment alors éviter que des personnes ne vivent dans une société parallèle?

– Là encore, il existe déjà des solutions. Dans la nouvelle loi sur étranger, l’intégration est une condition pour obtenir un permis de séjour ou même une naturalisation en Suisse. Cette règle a un effet dissuasif: difficile pour une femme qui porte une burqa de prouver son intégration.

– Le voile intégral peut être vécu comme un affront. N’a-t-on pas le droit de voir le visage des autres, au nom du vivre ensemble?

– Il existe de nombreuses circonstances dans lesquelles il est tout à fait normal de ne pas montrer notre visage dans notre société – lorsqu’on se déguise, ou sur un téléski, par exemple – et cela ne choque personne. Je revendique plutôt un droit à la sphère privée. Tout citoyen devrait pouvoir se promener en ville sans forcément être identifié par tout le monde, surtout à l’ère de Google street view ou de la reconnaissance faciale.

– Et la sécurité?

– C’est différent dans une foule, comme lors d’une manifestation, mais là aussi, les lois nécessaires existent déjà. L’argument sécuritaire pèche par manque de preuve. On n’a jamais vu en Europe, un attentat commis par une femme en burqa. Pas étonnant: on ne peut pas être plus visible qu’en portant une burqa. Les terroristes en Europe portent des vêtements occidentaux – faut-il les interdire aussi?

– Les sondages réalisés jusqu’ici montrent que les Suisses sont plutôt favorables à une interdiction de la burqa. Votre combat est-il perdu d’avance?

– Je ne crois pas. Le Tessin a dit oui à une interdiction de la burqa, mais Glaris, un canton plutôt conservateur, a dit non. C’est un autre argument contre cette initiative: elle nuit au fédéralisme. Laissons les femmes décider, et laissons les cantons décider.


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