Andrea Pilotti se penche depuis plusieurs années sur le profil professionnel des élus fédéraux.

l'UDC est-elle en train de reconquérir les élites ?

Sur le long terme, la tendance montre que l'UDC a eu un profil moins élitaire depuis les années 80 et 90. Mais on assiste à une correction de cette tendance depuis 2010, en effet. L'explication est sans doute à rechercher dans la complexité croissante des dossiers, qui exigent des compétences et des connaissances techniques plus pointues en matière économique, financière et sociale. Pour cette même raison, les représentants de l'UDC dans les gouvernements cantonaux ont souvent un profil universitaire.

Il y avait donc davantage d'universitaires parmi les élus UDC avant la transformation du Parti des artisans et bourgeois (PAB) en UDC ?

L'ancien PAB était mieux ancré dans les milieux académiques. Historiquement, le parti agrarien, monothématique, n'est pas universitaire. Toutefois, après la Deuxième guerre mondiale, il s'est enrichi de nombreux ingénieurs agronomes bien formés. Cela a changé par la suite. L'électorat UDC a été plutôt recruté dans les milieux ouvriers peu qualifiés qui votaient précédemment à gauche. Ce à quoi on assiste depuis 2010 est un ajustement.

Ces ingénieurs agronomes étaient formés à l'EPFZ. Assiste-t-on à un glissement vers les universités traditionnelles, en particulier celle de Zurich ?

Oui, absolument. A l'ancien profil de formation en agronomie ont succédé plusieurs nouveaux profils intellectuels, qui vont des sciences économiques au droit en passant par les lettres, ce qui est assez inédit. Il n'y avait guère de lettreux à l'UDC avant les années 2000. Christoph Mörgeli a été le premier et il y a aujourd'hui Peter Keller et Roger Köppel (ndlr : deux des leaders de la Weltwoche).

Et certains, comme Roger Köppel et Thomas Aeschi, se targuent d'avoir fait leurs études à l'étranger.

- Cela aussi, c'est nouveau. Sans l'être complètement. Au début du XXème siècle, de nombreux élus étaient allés se former à l'étranger. Cela a diminué fortement par la suite. Mais on assiste depuis les années 90 à un nouvel engouement pour les hautes écoles situées hors de nos frontières, en particulier en Allemagne, où Roger Köppel a étudié, et aux Etats-Unis, où s'est notamment formé Thomas Aeschi.

Et les conseillers fédéraux ?

Le Conseil fédéral est un cercle qui reste plutôt fermé aux non-universitaires, un lieu de pouvoir où le capital culturel académique demeure incontournable. Cela n'a pas empêché des personnalités telles que le socialiste Willi Ritschard ou les UDC Adolf Ogi et Ueli Maurer d'y accéder. Mais ce sont des exceptions. Des trois candidats officiels présentés par l'UDC, seul Guy Parmelin n'a pas de formation académique. Souvent, ceux qui n'ont pas fait d'études supérieures compensent cela par un réseau militaire solide ou par un capital militant important. Adolf Ogi et Ueli Maurer ont tous deux été présidents de l'UDC.