Le Temps: Que va changer le tunnel de base du Gothard dans le quotidien des CFF?

Andreas Meyer: Ce sera une révolution pour la clientèle. Les temps de parcours vont être réduits de trente minutes entre les grandes villes du Plateau et le Tessin. Lorsque le Monte Ceneri sera achevé en 2020, ce sera même quarante-cinq minutes de moins. Pour les marchandises, il y a une conséquence importante: il ne sera plus nécessaire d’avoir une deuxième locomotive pour gravir les pentes de l’ancienne ligne.

– Quelles sont les principales innovations qu’il propose?

– Le tunnel de base du Gothard est riche en innovations high-tech. Les voies sont posées sur des blochets coulés directement dans le béton. Installées entre les rails, les balises ETCS 2 permettent aux trains de circuler sans signalisation extérieure. Le système de ventilation répond aux exigences de sécurité les plus élevées. La centrale d’exploitation ultramoderne de Pollegio, que nous surnommons le «périscope» à cause de son architecture, détectera le comportement de chaque train mètre par mètre et synchronisera toutes les installations. Nous, Suisses, pouvons être fiers de montrer cela à des personnalités de premier plan comme Angela Merkel, François Hollande, Matteo Renzi. L’inauguration nous offre aussi l’occasion de faire le point sur nos projets transfrontaliers avec les patrons des entreprises de transport des pays voisins, en particulier le Léman Express.

– Le tunnel fait-il entrer les CFF dans une nouvelle ère du point de vue de la vitesse?

– Des tests ont été effectués avec succès à 275 km/h. Mais la circulation se fera à 200 km/h. Nous ne voulons pas aller au-delà, car cela réduirait la capacité de l’ouvrage à cause de la différence de vitesse entre les trains voyageurs et les convois de marchandises qui, eux, ne roulent qu’entre 100 et 160 km/h. Une trop grande différence provoquerait des blocages. Pour les voyageurs, la durée de la traversée sera d’à peine vingt minutes.

– Le tunnel est inauguré le 1er juin, mais il n’est mis en service qu’en décembre. Que va-t-il se passer entre ces deux dates?

– Il y a encore des milliers de détails à régler. Nous devons continuer la formation de plus de 3000 collaborateurs. Nous devons encore vérifier que 100% de notre matériel roulant soit compatible avec le système de balises ETCS 2. Nous avons encore des problèmes de logiciels à résoudre sur environ 10% des trains qui circulent sur l’axe du Gothard.

– Quelle charge financière le tunnel du Gothard représentera-t-il pour les CFF?

– Les coûts d’entretien et d’exploitation avoisineront 70 millions par an. Cela s’ajoute aux coûts de la ligne de faîte, qui ne sera pas démantelée. Les frais d’entretien annuels s’élèvent actuellement à 50 millions. Après l’ouverture du tunnel, ceux-ci pourront être réduits.

– Le Gothard ouvre-t-il de nouvelles perspectives de mobilité?

– Oui. Je pense que cela doit être l’occasion de façonner la mobilité de demain et de réfléchir en particulier au transport public individuel. Les CFF veulent en profiter pour voir comment ils pourraient couvrir le «last mile», c’est-à-dire prendre en charge la clientèle et les marchandises entre la gare et le lieu de destination effectif. Nous allons présenter avec nos partenaires des véhicules autonomes ou des drones. La concurrence s’annonce très vive dans ce domaine. Les constructeurs automobiles, Google, CarPostal se lancent eux aussi.

– La mobilité du futur, c’est aussi la billetterie. Vous avez commencé par le SwissPass, qui a connu des débuts chaotiques…

– Il y a eu quelques erreurs de jeunesse. Et la décision du préposé fédéral à la protection des données nous met dans une situation difficile. Nous avons toujours dit que nous ne voulions pas espionner nos clients mais adapter notre offre à leurs besoins réels et uniquement avec leur accord. C’est la raison pour laquelle le traitement des données se faisait de façon anonyme. Ces données sont importantes pour mieux gérer les capacités que nous offrons. Elles sont d’ailleurs minimes par rapport à celles que les opérations de téléphonie mobile récoltent sur leurs clients. En comparaison, elles sont comme une fourmi face au Cervin!


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