On ose à peine imaginer ce qui se passera s’il vient à bout, aujourd’hui, de Jo-Wilfried Tsonga. Depuis plusieurs jours, depuis l’élimination choc de Rafael Nadal au deuxième tour, le Royaume est en émoi. La voie libre laissée par le numéro deux mondial dans le bas du tableau masculin a nourri les espoirs les plus fous de voir Andy Murray se qualifier pour la finale de Wimbledon. Sa première, la première pour un sujet de sa Majesté depuis 1938. Cette année-là, Henry Austin s’était incliné face à l’Américain Donald Budge. «C’était il y a très très longtemps. Même moi, je n’étais pas né», sourit Neil Harman, correspondant tennis au quotidien The Times.

Jamais Murray n’a été si près du but. Débarrassé de la purge qui consiste à se coltiner un des trois meilleurs joueurs du monde en demi-finale. Certes, Tsonga est très fort sur gazon. Il l’a prouvé l’an dernier en sortant Roger Federer en quart de finales. Mais il n’est pas Nadal. Et ça mentalement, ça change tout. Le Français n’est pas ce joueur contre lequel l’Ecossais s’est maintes fois cassé les dents.

Du coup, les journalistes britanniques sont hystériques. La presse écrite est devenue monomaniaque. Et la BBC a déjà enclenché le plan «Orsec», envisageant le chamboulement total de ses programmes si ce brave Murray parvient à se réserver une place pour le Centre court dimanche. Les reporters, qui lui collent déjà aux basques à longueur d’année, ne le laissent plus respirer. Ils guettent ses moindres faits, recueillent ses impressions à la sortie de la salle de gym ou du court d’entraînement. Ses anciens coaches se relaient sur les plateaux de télévision. Ça parle, ça dissèque. La Grande-Bretagne est en ébullition.

Les experts, eux, peinent à désigner un favori, mais prédisent une bataille mentale. Si Murray résiste plutôt bien à la pression, il perd en revanche facilement sa concentration. Se répandant en invectives contre lui-même et contre son clan. Maîtrisera-t-il ses nerfs pour s’offrir une finale historique? Ce serait la révolution chez la perfide Albion.