Angela Merkel est déterminée à se procurer les données bancaires volées. Sans préciser si elle comptait acheter le CD proposé par un informateur pour 2,5 millions d’euros, la chancelière a estimé hier qu’il fallait cependant obtenir ces informations à tout prix si elles étaient «importantes». «Comme toute personne sensée, je suis favorable à des sanctions contre les fraudeurs. Dans cette optique, nous devons tout faire pour obtenir ces données», a-t-elle déclaré hier. Ce CD contiendrait une liste de 1300 à 1500 fraudeurs allemands qui permettrait au fisc de récupérer une somme estimée à environ 100 millions d’euros.

Tandis que Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, déclarait hier à son homologue, Hans-Rudolf Merz, que l’Allemagne n’avait pas encore pris une décision définitive, son porte-parole, assurait, au même moment, que le gouvernement suivrait avec la Suisse la «même ligne» que dans l’affaire de la LGT-Bank au Lichtenstein. «Nous souhaitons prendre une décision rapide sur la base du cas que nous avons eu au Lichtenstein», a confirmé Michael Offer. Les services fiscaux allemands seraient déjà en train d’éclaircir la situation juridique pour récupérer ces informations dans un «cadre légal».

Il y a deux ans, le prédécesseur de Wolfgang Schäuble, Peer Steinbrück, avait autorisé les services de renseignement (BND) à racheter des données bancaires volées pour 5 millions d’euros. Cette affaire avait conduit à l’arrestation spectaculaire de l’ancien patron de la Deutsche Post, Klaus Zumwinkel. Depuis, le fisc a récupéré 178 millions d’euros. Cette fois, le ministère pourrait verser directement la somme réclamée par l’informateur sans passer par le BND.

«Un vol reste un vol»

A trois mois des élections régionales de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un test politique important, Angela Merkel a donc choisi de prendre le risque d’une crise avec la Suisse. Elle ne veut surtout pas se mettre à dos une opinion publique désireuse de voir des «gros poissons» condamnés malgré l’opposition de plusieurs leaders conservateurs. Ainsi, le chef du groupe parlementaire, Volker Kauder, a critiqué le principe du recel. «Un vol reste un vol. L’Etat n’a rien à chercher chez les voleurs», a-t-il déclaré. Un avis partagé pas le ministre de la Défense de Merkel. «Personnellement, cela me gêne», a lâché Karl-Theodor zu Guttenberg. Pour le ministre des Affaires étrangères de Merkel, le libéral Guido Westerwelle (FDP), l’Etat se fait «complice des voleurs».

La droite reste néanmoins divisée. D’autres conservateurs approuvent la méthode même si l’affaire pose des questions de droit et de protection des données. «Si l’Etat n’a pas le droit de se procurer des données illégales, cela devrait valoir pour tous les domaines», fait remarquer Wolfgang Bosbach, expert en politique intérieur du Parti chrétien-démocrate (CDU). «Dans ce pays, on a l’habitude de payer pour des informations», a ajouté Renate Künast, chef de l’opposition écologiste. «On fait même des pactes avec des criminels en récompensant les repentis. On libère des complices pour leurs informations», a-t-elle ajouté.

Enfin, l’ensemble de la presse et même le syndicat de la police se sont déclarés favorables au rachat du CD. Si formellement aucune décision n’est encore prise, Merkel pourra donc difficilement, d’un point de vue politique, répondre favorablement et d’une manière «constructive» aux attentes des autorités suisses.