A deux pas de la Langstrasse, la grande rue festive de Zurich, un bâtiment gris affiche cinq étages de fenêtres aux stores baissés. Une maison de passe. «C’est ici que le petit bus les amène», indique le père Karl Wolf du bout du menton. Sexagénaire au regard perçant, col romain serré sous la gorge, le prêtre de Küsnacht, petite localité à l’est de Zurich, connaît tout du quartier. «C’est le coin des filles de l’Est, précise le saint homme. C’est difficile de les approcher parce qu’elles sont souvent surveillées, elles sortent très peu du quartier et changent souvent de pays. Leur souteneur s’assurent qu’elles ne puissent nouer de contacts stables avec quiconque. Pour les garder dans la dépendance.»