S’il ne fallait retenir que deux aspects de la personnalité d’Anja Wyden Guelpa, l’un serait qu’avec peu, elle fait beaucoup. A l’image de la première Semaine de la démocratie qu’elle clôt ce samedi à Genève avec un budget minimal, ou de la robe de mariée qu’elle s’est elle-même confectionnée. L’autre serait qu’elle aurait «aimé être une geek ou une hackeuse», tant sa fascination pour les technologies numériques est grande. Instigatrice de nouveautés telles que l’agenda numérique et le vote électronique, elle rêve que la politique suisse s’intéresse enfin à l’innovation digitale.

Nommée à 36 ans, elle est en 2009 la première femme à assumer le poste d’état-major du gouvernement genevois. Repose alors sur ses épaules l’espoir de la République de voir la fonction de chancelier dépoussiérée. «J’occupe une fonction de liant. J’aime l’image du collier de perles», décrit cette fille et femme d’artiste qui, au grand dam de son père, n’a pas pris cette voie. «Les conseillers d’Etat seraient les perles que je relierais entre elles avec un fil qui doit être à la fois souple, résistant, fiable et transparent; qui soutient la cohésion du groupe. Chaque conseiller d’Etat est leader de son gouvernement et, en même temps, membre d’une équipe.»

Une jeune Valaisanne socialiste à la tête de la Chancellerie genevoise? Il lui a fallu se battre pour se faire accepter, ce qu’elle était prête à faire. Lors des votations et élections, Anja Wyden Guelpa se transforme en véritable cheffe d’entreprise. A la tête de 1800 collaborateurs, c’est à elle qu’incombe la responsabilité du dépouillement centralisé.

A regarder cette magistrate dont l’allure et l’élégance frappent les esprits, on se dit qu’une partie de la poussière a déjà disparu. Mais son hyperactivité classe la chancelière au rang des personnalités les plus innovantes du canton. «Il y a cinq ans, nous avons commencé à lancer plusieurs projets pour encourager la participation des jeunes en politique», explique-t-elle. «CinéCivic» invite des participants de 15 à 25 ans à réaliser un court-métrage ou une affiche autour du vote. «Institutions 3D» propose des jeux de rôle politiques dans les différentes salles de l’Hôtel de Ville pour les classes genevoises. Avec le think tank GovJam et ses apparitions au LIFT, Anja Wyden Guelpa n’hésite pas à quitter son bureau pour réfléchir en réseau aux moyens de moderniser les institutions.

Sa première édition de la Semaine de la démocratie se termine ce samedi par les portes ouvertes de l’Hôtel de Ville, avec la présence du dessinateur Mix & Remix et des humoristes Vincent Kucholl et Vincent Veillon. «L’idée est de faire comprendre au citoyen que l’Hôtel de Ville n’est pas seulement le lieu des élites, mais aussi des jeunes, des migrants.»

On en oublie presque les heures sombres qu’a vécues la chancelière durant son premier mandat. Des couacs dans la gestion des affaires du Conseil d’Etat lui ont valu un «acharnement journalistique injuste et dégoûtant». Les critiques à son encontre étaient «orchestrées», suppose-t-elle même: «Ça a commencé un an et demi avant la fin de mon premier mandat et ça s’est arrêté le jour de ma réélection. On m’a accusée de beaucoup d’erreurs, qui s’avèrent pour la quasi-totalité des mensonges ou des décisions de la responsabilité d’autres personnes.» Certains partis vont jusqu’à réclamer sa démission. «J’aurais dû davantage communiquer, admet-elle. Mais à l’époque, je me disais que ça allait passer, qu’il y avait plus grave.» Sa relation avec son frère, atteint d’un lourd handicap et placé en institution, l’aide à relativiser. Elle évite cependant de ramener ses problèmes à la maison. «Si j’ai besoin de déverser mes émotions, je préfère le faire avec mes amies.» Un réflexe qui contribue peut-être à faire durer son couple. «Cela fait dix-neuf ans que l’on est ensemble. Chaque jour je l’aime plus, chaque jour je l’admire plus», confie-t-elle.

Autre homme important dans la vie d’Anja Wyden Guelpa, le conseiller d’Etat genevois François Long­champ, PLR, à qui elle succède à l’Action sociale, et qui soutient sa candidature à la Chancellerie. «Parce qu’elle défend une haute idée du service public, à savoir celui orienté vers le citoyen», déclare-t-il à l’époque. «Mon passé à l’Action sociale m’a appris ce que vaut un franc. J’ai gardé l’habitude de bricoler avec de petits budgets. Cela m’amène à collaborer avec d’autres services, ce qui, en prime, génère de nouvelles idées et amplifie nos actions. Je sais ce que l’on peut arriver à faire en termes d’événement avec 10 000 francs et ne me verrais pas jongler avec des moyens trop luxueux. Je préfère l’authenticité et la sobriété.»