les pionnières de la suisse moderne

Anna Tumarkin: la savante qui venait de l’Est

Elles se sont battues pour porter haut les idéaux de liberté, d’autonomie, d’égalité et de créativité: les pionnières de la Suisse moderne. Aujourd’hui: Anna Tumarkin (1875 – 1951)

En 1898 l’université de Berne fait sensation dans les cercles académiques. Elle octroie à une jeune Russe, âgée de 23 ans seulement, la Venia Decendi (habilitation universitaire) en matière de philosophie. En 1906, Anna Tumarkin devient professeure honoraire et en 1909 professeure extraordinaire. Elle est la première femme non seulement en Suisse mais dans toute l’Europe à avoir le droit de faire passer des examens et de superviser des thèses de doctorat.

Ayant grandi dans une famille juive de marchands à Kichivev (actuellement Chisinau), capitale de l’actuelle Moldavie, Anna Tumarkin avait eu dès l’enfance un bon accès à l’éducation, et avait terminé le gymnase. A 17 ans, comme de nombreuses autres Russes, elle vient étudier en Suisse, car l’accès à l’université lui est interdit dans la Russie tsariste. Cette étudiante très intelligente est remarquée dès le début par ses professeurs bernois. Elle soumet sa thèse sur Herder et Kant à l’âge de 20 ans. Après un séjour d’études de trois ans à Berlin, elle revient en 1898 en Suisse, où elle passera le reste de sa vie. Anna Tumarkin est tenue en haute estime par ses collègues. Mais l’honneur d’une chaire ordinaire ne lui est jamais accordé. En 1937 elle reçoit le célèbre prix Theodor Kocher.

En 1921, la scientifique se fait naturaliser à Berne. On reconnaît sans peine à son travail qu’elle est bien intégrée dans le pays qu’elle a choisi et qu’elle s’y sent bien. Avec son amie Ida Hoff, la première femme médecin scolaire de Berne, elle s’engage en faveur du suffrage féminin. En 1928 elle participe à la première exposition pour le travail féminin (SAFFA) comme représentante de la partie scientifique. Dans son ouvrage ‘Wesen und Werden der schweizerischen Philosophie’, elle décrit une histoire intellectuelle de Pestalozzi à Zwingli. Elle y pose aussi la question de l’existence d’une philosophie suisse autonome et confirme son existence.

Les troubles politiques dans son pays d’origine, devenu communiste, et l’Holocauste, qui lui fait perdre des amis et des parents, perturbent fortement cette philosophe sensible. Anna Tumarkin contracte l’éléphantiasis et prend sa retraite en 1943 pour raisons médicales. Elle meurt en 1951 au terme de longues années de souffrances dans un établissement médico-social à Gümligen.

L’ensemble des portraits des pionnières de la Suisse moderne feront l’objet d’une publication dans un livre qui paraîtra à l’automne 2014, édité par Avenir Suisse et Le Temps. A précommander ici

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