En décembre 2004, la compagne de Patrice Mugny s'était portée candidate au poste de «médiatrice culturelle» du Musée d'histoire des sciences. Soit une fonction sous la responsabilité directe de Patrice Mugny, représentant des Verts à l'exécutif de la Ville de Genève. Finalement, le Conseil administratif (exécutif) n'a pas retenu cette ancienne responsable du TJ Midi de la Télévision suisse romande. La candidate malheureuse estime aujourd'hui qu'elle est victime d'une discrimination. Après un premier article qui, vendredi, évoquait brièvement cet épisode, Le Temps a demandé à Anne Brüschweiler sa version des faits.

Le Temps: Trouvez-vous adéquat de postuler pour un poste placé sous la responsabilité directe de votre compagnon?

Anne Brüschweiler: Patrice Mugny et moi-même en avons longuement discuté. Nous nous sommes demandé si ma nomination poserait un problème d'incompatibilité professionnelle avec sa fonction de chef du Département des affaires culturelles (DAC). Et nous avons conclu qu'une distance suffisamment grande nous aurait séparés lors de notre travail quotidien. Avant que je fasse acte de candidature, Patrice Mugny a demandé l'aval du Conseil administratif, qui a accepté que je postule à condition de garantir l'équité de la procédure. L'exécutif a donc délégué Jacques Moret, directeur général de l'Administration municipale, au sein d'une commission chargée d'auditionner les candidats.

– Qui composait cette commission?

– Au départ, ils étaient trois: Jacques Moret; le directeur du Jardin botanique, Rodolphe Spichiger, et la vice-rectrice de l'Université, Louisette Zaninetti. Ils ont décidé de consulter deux personnes supplémentaires: le directeur des Musées d'art et d'histoire, Cäsar Menz, et la conservatrice du Muséum d'histoire naturelle, Danielle Decrouez.

– Trois de ces hauts fonctionnaires ne sont-ils pas des subalternes de Patrice Mugny?

– Et alors? Pensez-vous que des responsables de l'administration ne sont pas capables d'indépendance d'esprit? Ce soupçon est insultant. De plus, à ma connaissance, aucun d'entre eux n'est membre des Verts. Par ailleurs, ces trois personnes seront amenées à travailler étroitement avec la future médiatrice culturelle.

– Quel était le cahier des charges du poste mis au concours?

– Il s'agissait d'assurer la direction du Musée d'histoire des sciences, donc aussi reprendre la responsabilité de la Nuit de la Science et d'organiser des débats sur les grands enjeux contemporains.

– S'agissait-il de remplacer la conservatrice?

– J'imagine que oui.

– Vous vous sentez victime d'une discrimination. Pourquoi?

– J'estime être victime d'une discrimination négative. Au terme de la procédure de sélection, je suis arrivée première ex-aequo. J'ai été écartée au seul motif de ma relation avec Patrice Mugny. Alors qu'il a fait en sorte, à chaque étape, de ne pas me favoriser. J'ai pris la peine de rédiger un projet et de le présenter à la commission, qui a reçu plus de 150 candidatures. Les règles ont changé en cours de route. Le Conseil administratif aurait dû me dire non tout de suite.

– Quel est le parcours professionnel qui vous mène à briguer un tel poste?

– J'ai une licence en sciences de l'éducation et une maîtrise en psycholinguistique. J'ai pratiqué le journalisme pendant quinze ans, dont cinq à la tête du TJ Midi à la Télévision suisse romande. Depuis, j'ai beaucoup travaillé dans le domaine de la formation et de la culture, notamment au Musée international de la Croix-Rouge pendant un an et demi. Il y a deux ans, j'ai déjà été approchée pour reprendre le poste de conservatrice du Musée d'histoire des sciences. J'ai refusé parce que je n'avais pas d'expérience dans le domaine de la conservation. A l'époque, la fonction était très connotée «sciences naturelles dures». Mais elle a évolué en donnant davantage de place aux débats, à la réflexion et aux sciences humaines.

– N'était-il pas logique que le Conseil administratif ait retenu l'autre candidate avec laquelle vous étiez ex-aequo?

– S'il s'agissait de nous juger en fonction de nos compétences, le conseil administratif aurait pu décider de nous entendre toutes deux pour se prononcer en connaissance de cause. En fait, j'ai été réduite à mon statut de compagne de Patrice Mugny.

– Avez-vous reçu une réponse officielle du Conseil administratif?

– Non. Je n'ai pas de réponse officielle à ce jour.