Conseil fédéral

Anne Seydoux-Christe: «La parité doit être pérennisée»

La conseillère aux Etats Anne Seydoux-Christe se réjouit de l'élection de deux femmes au Conseil fédéral et s'exprime sur l'avenir du PDC

Le Temps: Trois femmes au Conseil fédéral: vous êtes comblée?

Anne Seydoux-Christe: Je suis très heureuse de l’élection de Viola Amherd et de celle de Karin Keller-Sutter sur des scores magnifiques. Pour les femmes, c’est un beau jour. C’est aussi un encouragement pour d’autres femmes qui ne sont pas encore entrées dans la vie politique. Cela prouve qu’elles peuvent y arriver. Cette quasi parité doit être pérennisée, peut-être même améliorée.

Retrouvez notre suivi de la matinée d’élections, ainsi que tous tous nos articles sur les deux successions au Conseil fédéral.

Faut-il inscrire la parité des genres dans la Constitution, comme le propose Raphaël Comte dans une initiative parlementaire?

Oui, ce serait une bonne chose, mais il sera difficile d’obtenir une majorité pour cela. La parité au gouvernement, mais aussi au parlement, doit devenir «courant normal». Dans tous les partis, il faut tendre à des listes paritaires lors des élections. C’est un gros travail à faire, notamment dans les partis du centre-droit, car la gauche le fait déjà avec succès.

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Vous allez quitter le Conseil des Etats, où le risque existe qu’il ne subsiste qu’une seule femme!

Ce serait le scénario catastrophe, inimaginable pour moi. Nous ne sommes que sept femmes aujourd’hui. J’espère que les partis vont pousser leurs candidates au Conseil des Etats pour les faire élire.

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Les femmes gouvernent-elles différemment?

Oui, je le pense. Les études montrent que les entreprises dirigées par des équipes mixtes réussissent mieux. En politique, c’est la même chose. Les femmes sont plus pragmatiques et moins idéologiques, même s’il y a des exceptions. De par leur rôle dans la société, elles recherchent des solutions plutôt que le conflit.

Quel est le rôle du PDC au Conseil fédéral?

Avec Viola Amherd, une femme de dossiers et de valeurs, ce rôle restera le même qu’avec Doris Leuthard, soit porter des projets et chercher des solutions en bâtissant des ponts dans l’intérêt de ce pays. Là où le PDC s’est affaibli comme au Conseil national, la polarisation est plus importante et les solutions sont plus difficiles à trouver.

Et sur l’Europe? Votre parti semble divisé sur cette question...

Votre constat est correct. Le PDC n’est pas uni sur cette question.  Pour moi, il est évident qu’il faut trouver un accord avec l’UE. Il est tout aussi évident que nous ne tenons pas le couteau par le manche. Nous devons nous mettre autour d’une table pour définir une feuille de route pour avancer dans ce dossier avec tous les partis. Tout est plus difficile depuis que l’UE s’est élargie.

La voie bilatérale est-elle à l’agonie?

Elle stagne depuis quelques années. Un accord sur l’électricité était pratiquement prêt, mais faute d’accord institutionnel, nous n’avons pas pu le signer. Aujourd’hui, l’UE estime que la voie bilatérale a trouvé ses limites et souhaite que la Suisse reprenne son droit de manière plus dynamique. A mon avis, c’est le dossier prioritaire de ce pays.

Etes-vous inquiète pour l’avenir du parti?

Nous vivons une période difficile à la suite de divers départs et affaires qui ont été révélées. Mais sur le terrain et dans les cantons, nous avons des gens très motivés. Des qui se rendent compte que ce parti n’est pas que conservateur, mais fondamentalement libéral-social.

Justement, la ligne très conservatrice de Gerhard Pfister fait-elle peur à une aile plus sociale dans des cantons plus progressistes?

Elle ne nous fait pas peur. Simplement, ce n’est pas notre ligne. Le président à l’heure actuelle ne nous fait pas gagner des voix. Mais il n’est pas tout seul.

Craignez-vous de tomber au-dessous des 10% lors des prochaines élections fédérales?

J’espère vraiment que cela ne sera pas le cas. Nous allons nous battre dans nos cantons pour montrer que nous avons des projets. Nous devons toucher les zones urbaines et ce n’est pas avec un profil conservateur que nous y arriverons.

Redoutez-vous que Viola Amherd ne soit la dernière conseillère fédérale du PDC?

Non! Je ne veux même pas y penser, car je pense que cela serait catastrophique pour ce pays.

Au Conseil fédéral, deux sièges à repourvoir

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