Discrétion. Depuis qu'Anne-Catherine Lyon a accédé à la tête du Département vaudois de la formation et de la jeunesse (DFJ), le 23 avril, elle est demeurée prudente face à une Université de Lausanne en pleine tourmente, due entre autres à la baisse globale des ressources. En fin de législature, le précédent Conseil d'Etat adoptait un rapport visant à la «refondation» de l'académie, qui envisageait le renforcement des prérogatives du rectorat, un «remaniement parcellaire» des disciplines à l'échelle romande et l'octroi des subventions en partie au prorata du nombre d'étudiants, par branche. Après une rentrée plutôt calme sur le front scolaire, la nouvelle magistrate socialiste présente ses intentions au Temps.

Le Temps: Qu'allez-vous faire du rapport que vous avez trouvé à votre arrivée?

Anne-Catherine Lyon: Il sera pris comme base prépondérante pour préparer une nouvelle loi sur l'université. Mes collègues du Conseil d'Etat ne sont pas encore saisis, mais comme cheffe de département j'ai la conviction qu'il faut réviser complètement la loi. Je me suis aussi demandé, avec mes services, s'il convenait de présenter des «paquets» légaux ou un texte complet. Notre réflexion a évolué vers la seconde option. Le contenu de cette nouvelle loi sera largement inspiré par ce rapport, mais je veux qu'elle soit élaborée avec l'université, non contre elle. Nous visons une mise en consultation à la rentrée 2004: il s'agira d'un chantier très soutenu.

– Pensez-vous accorder davantage d'autonomie à votre université?

– On voit très bien que l'université est à mi-chemin des réformes. Ainsi de la gestion par enveloppe budgétaire, qui entraîne des reports de crédits – 32 millions fin 2002 – parce que certains projets nécessitent encore le soutien d'autres institutions. Ce mode de gestion n'est pas assez fin, nous devons aller plus loin, par exemple en direction d'un mandat ou d'un contrat de prestations. Cette voie, que connaît bien le secteur de la formation professionnelle, n'implique toutefois pas une autonomie hiérarchique.

– Le rectorat a tenu une position plutôt alarmiste, jusqu'à évoquer une fusion avec

l'EPFL. Qu'en pensez-vous?

– L'université a beaucoup d'atouts à faire valoir. Mais elle est décontenancée par ce qui se passe dans le domaine tertiaire, comme la mise en œuvre des hautes écoles spécialisées qui attire toutes les attentions, ou l'EPFL en mutation. Ces changements comprennent aussi l'introduction des titres de bachelor et master, qui implique une redéfinition des programmes afin de savoir ce qui a valeur de premier cycle et ce qui relève du master – qui, je l'espère, correspondra à l'actuelle licence. Et il y aussi le projet triangulaire (alliance des universités de Lausanne et Genève et de l'EPFL autour des sciences de la vie, ndlr), un projet institutionnellement difficile et qui peut parfois avancer par à-coups.

– Mais à l'université, notamment depuis l'absorption de l'Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer (ISREC) par l'EPFL, prédomine le sentiment d'une souris cantonale face à l'éléphant fédéral…

– L'une a 250 millions, l'autre 500 millions, c'est un petit éléphant… N'oubliez pas que c'est l'ISREC qui, pour sa propre survie, a voulu se rapprocher de l'EPFL, car les ressources de la Confédération se font rares. Cette évolution est une chance pour ce canton, mais elle doit conduire à des réflexions sur l'avenir de la biologie au niveau de ces deux institutions, sans oublier le partenaire genevois.

– Le précédent Conseil d'Etat avait lancé l'idée d'une faculté romande de médecine…

– A terme, nous irons dans la direction d'un rapprochement romand. Mais il faut d'abord que l'Université de Lausanne dispose d'une Faculté de médecine qui se sente à l'aise dans le domaine financier aussi bien que dans ses collaborations avec l'EPFL et l'ISREC.

– Il y eut l'axe Berne-Neuchâtel-Fribourg, Genève-Lausanne, à présent Neuchâtel se tourne vers les Lémaniques… Quel est votre horizon universitaire?

– C'est l'échelle de la Suisse occidentale. Cela dit, mon parcours m'a amenée à m'interroger souvent sur les frontières, s'agissant des communes ou du rapprochement européen: or, on peut ainsi être tenté de prendre une carte et de précipiter les choses. On ne peut pas vouloir le bonheur des gens contre eux-mêmes. Le projet triangulaire est déjà très structurant et des collaborations imaginées avec Neuchâtel – économie, théologie, microtechnique – sont fortes. Je vois que les Neuchâtelois, qui envisageraient de renoncer à leurs sciences économiques, sont très ouverts. Ces institutions plusieurs fois centenaires se mettent à bouger.

– A l'Université de Lausanne, l'encadrement des étudiants se détériore, les effectifs augmentent. Face aux autres soucis financiers du canton, tels que la BCV, que comptez-vous faire?

– Avec celui de la Santé et l'action sociale, le budget du DFJ est le seul qui soit en croissance, surtout pour le personnel. Au gouvernement, je me sens soutenue. 26 postes supplémentaires d'assistants sont prévus, ce n'est pas rien.

– Quel regard portez-vous sur les stratégies déployées au niveau fédéral par le secrétaire d'Etat Charles Kleiber?

– Nous avons là un excellent ambassadeur de la recherche et de l'enseignement supérieur, très imaginatif. Mais la difficulté vient du fait que la formation professionnelle lui échappe, elle relève d'un autre département. On pourrait penser que c'est une chance d'avoir deux conseillers fédéraux mobilisés pour la formation, mais les expériences cantonales montrent que ce modèle n'est pas opportun. Les arbitrages doivent se faire au sein d'un même département.