C'était le temps – presque béni pour les accros du «tout en voiture» – où l'on pouvait se rendre dans sa boutique annecienne préférée en se garant à une centaine de mètres tout au plus; où piétons, conducteurs de bus et automobilistes se côtoyaient avec un fatalisme qui restait poli; bref, où l'on circulait à Annecy pas moins mal qu'ailleurs, semble-t-il.

La loi française sur l'air imposant aux villes de plus de 100 000 habitants de mettre en vigueur un plan de circulation et l'augmentation significative du trafic automobile aidant (plus de 4% par an), les élus des dix communes de l'agglomération annecienne ont dû se conformer aux recommandations nationales afin de lutter contre la pollution urbaine. Il s'agissait donc de restreindre la circulation de voitures particulières dans l'hypercentre de la capitale haut-savoyarde (60 000 habitants) et de donner la priorité aux piétons et aux transports publics. Malgré une superficie de stationnement conséquente (une dizaine de parkings souterrains et à ciel ouvert) jalonnant le parcours menant au cœur de la cité, le nouveau plan de circulation mis en place le 4 juillet dernier a sérieusement désorienté les automobilistes: ils ont eu bien du mal, au départ, à retrouver leur chemin.

Sens dessus dessous

En centre-ville, certaines rues sont désormais totalement dévolues aux bus, tandis que d'autres ont vu leur sens de circulation carrément inversé. Une situation qui a d'emblée fortement inquiété les commerçants, qui craignent que la clientèle n'ait pas le courage d'aller à pied jusqu'à leurs boutiques. La période des soldes terminée, beaucoup imputent la baisse de leur chiffre d'affaires au mauvais plan de circulation. Les transporteurs et livreurs font aussi partie des mécontents, n'ayant dorénavant le droit de décharger leurs marchandises que le matin, plus précisément entre 6 heures et 10 h 30.

D'ici à un an et demi, le plan de circulation devrait être finalisé à Annecy, avec notamment la concrétisation d'une politique en faveur des cyclistes, ainsi que l'aménagement, dans des communes voisines, de parkings périphériques censés encourager les automobilistes à y laisser leur véhicule pour emprunter le bus. Le plan de circulation met également en exergue la nécessité d'améliorer les projets d'aménagements routiers permettant de rallier Albertville et la Savoie via les bords du lac.

En tout état de cause, et malgré les vives critiques de certains Anneciens, les élus comptent sur le temps pour que le nouveau schéma de circulation s'inscrive dans les habitudes. S'ils ont concédé quelques améliorations, notamment en matière de signalisation, ils n'envisagent aucunement d'y renoncer.