Élections communales

Anne-Laure Couchepin devient la première présidente d'une ville du Valais romand

Seize ans après son père, Anne-Laure Couchepin Vouilloz devient présidente de Martigny. Malgré la première élection d'une femme à la tête d'une ville du Valais romand, la représentation féminine régresse dans les exécutifs communaux du canton

D'abord timide, puis très bruyante, une clameur parcourt les tables du café du Valais. Le regard longtemps vissé sur leurs smartphones, les libéraux radicaux crient leur joie. Anne-Laure Couchepin Vouilloz est élue à la présidence de Martigny. Seize ans après le départ de son père pour le Conseil fédéral, elle devient la première femme à diriger une ville du Valais romand. Pour un fidèle de la première heure: «les radicaux ont l'habitude d'écrire l'histoire.»

3259 voix contre 2409: Inscrits sur un panneau de carton, les résultats du vote sont chaleureusement applaudis par les militants réunis dans l’établissement exigu. Certains d'entre eux avouent une sincère libération. Soutenu par l'UDC, le parti démocrate chrétien leur contestait la présidence de la ville pour la première fois. Ils échouent pour 850 voix alors que 500 suffrages séparaient les deux candidats après le premier tour du 16 octobre dernier.

L'égalité des genres a progressé en Valais

Quelques minutes plus tard, les journalistes dégainent appareils photos et caméras: Anne-Laure Couchepin Vouilloz apparaît, «heureuse et soulagée». Après avoir pris connaissance des résultats chez elle, «en famille», elle se lance dans une longue suite d'étreintes et d'accolades. Parmi la foule qui l'avale, son frère et sa sœur se mêlent aux cadres du parti libéral radical. Le conseiller national Philippe Nantermod affiche un large sourire. Pour lui, cette élection montre que «l'égalité des genres a progressé en Valais.»

Le triomphe du PLR

Pour le président du PLR, René Constantin, «elle avait le double désavantage d'être une femme et la fille d'un ancien conseiller fédéral» et «c'est la victoire de l'intelligence et de l'humilité». Galvanisé par la victoire de son parti dans la nouvelle commune de Crans-Montana, il s’enflamme. Pour lui, «il serait désormais indécent d'imaginer un gouvernement valaisan sans le PLR» et «les conservateurs et leurs clans ont vécu.»

Alors que les libéraux radicaux trinquent bruyamment, Benoît Bender apparaît sur l' écran qui diffuse les images de la télévision valaisanne. Vaincu, et «très déçu», le démocrate chrétien constate que les partis minoritaires ont préféré voter pour une femme. L'écart est plus important qu'il ne l'avait imaginé. Pour lui, les électeurs ont choisi de prolonger «l'hégémonie des radicaux et de la famille Couchepin.»

J'espère que le genre ne sera bientôt plus un critère

La jeune mère de quatre enfants incarne tout à la fois la dynastie familiale et le libéralisme historique de Martigny. Habituée à évoluer dans des sphères très masculines, et élevée «dans l’idée que les hommes et les femmes sont égaux», elle regrette que la réalité lui ait régulièrement prouvé le contraire. Ce dimanche, Anne-Laure Couchepin Vouilloz prend conscience de la dimension historique de l'évènement: «C'est une lourde responsabilité». «Touchée» par l'élan que sa candidature a suscité, elle espère que «le genre ne sera bientôt plus un critère.»

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Quelques kilomètres plus à l’ouest, deux femmes s’affrontaient pour la présidence de Martigny-Combe. Épouse de l’ancien président du PDC suisse Christophe Darbellay, Florence Carron-Darbellay vit sa première expérience politique. Elle devance la libérale-radicale Dominique Chappot d’une cinquantaine de voix. Unique candidate de sa formation au premier tour, elle avait déjà obtenu trois sièges à l’exécutif à elle seule. Très sollicitées par les médias, les deux élues se réjouissent de «travailler ensemble.»

Moins de femmes dans les exécutifs

Symboliques, les victoires présidentielles d’Anne Laure Couchepin Vouilloz et de Florence Carron Darbellay masquent une réalité cantonale. Les statistiques de Solidarités Femmes montrent que la proportion de femmes régresse dans les exécutifs communaux valaisans. Alors qu’elles constituaient 24% des candidatures, les élues ne représenteront plus que 18,1% des conseils communaux entre 2017 et 2021, contre 20,7% lors de la législature qui s’achève. Pour Philippe Nantermod, ces chiffres ne suffisent pas à relativiser la dimension de l'évènement: «On ne peut pas comparer la présidence d'une ville avec l'exécutif d'un village.»

A Sierre, où trois hommes se disputent la présidence, le libéral-radical Marc-André Berclaz récolte 200 voix de plus que le démocrate-chrétien Pierre Berthod. Eliminé de la course avec 1000 voix de retard, le socialiste Olivier Salamin est toutefois élu à la vice-présidence de la ville. Un troisième tour de scrutin sera nécessaire pour départager les deux premiers candidats. Il aura lieu le 27 novembre prochain. Dans le Haut-Valais, l’UDC a conquis la présidence d’une ville valaisanne pour la première fois, grâce au conseiller national Franz Ruppen, élu à Naters.

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