Valais

Anne-Laure Couchepin quitte l’ombre de son père

Fille de l’ancien conseiller fédéral, Anne-Laure Couchepin incarne à la fois la dynastie familiale et le libéralisme valaisan. Seize ans après lui, elle défend la présidence du bastion PLR de Martigny, menacé pour la première fois

Même quand elle s’agace, elle sourit beaucoup. Sur une terrasse de la place centrale de Martigny balayée par le vent, Anne-Laure Couchepin Vouilloz refuse de se laisser enfermer dans le portrait d’un père encombrant. Elle évite le sujet. Lui aussi. Avec le même métronome saccadé dans la voix, elle insiste: «Je suis une entité à part entière». Après avoir présidé Martigny pendant quatorze ans, Pascal Couchepin quittait l’hôtel de ville pour la coupole fédérale en 1998. Alors étudiante, sa fille ne faisait pas encore de politique. Aujourd’hui, à 39 ans, et après deux mandats de conseillère municipale, elle a été choisie par le PLR pour défendre la présidence du bastion historique de Martigny. Elle est ainsi devenue la favorite d’une élection qui a la saveur de l’histoire.

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«Il me donne des conseils de père, il n’est pas mon chef de campagne»

Malgré elle, la jeune mère de quatre enfants incarne tout à la fois la dynastie familiale et le libéralisme historique de Martigny. Lovée dans le coude du Rhône, sur la route de la France et de l’Italie, la cité romaine s’est développée en s’opposant aux conservateurs de Sion. Anne-Laure Couchepin défend la «tradition d’ouverture» d’une ville «inscrite dans la Suisse et dans l’Europe». Elle revendique aussi l’héritage de «l’esprit libéral radical qui souffle sur Martigny». Installée dans le Bas-Valais depuis le 18e siècle, la famille Couchepin a occupé de nombreux postes clés dans les législatifs et les exécutifs communaux, cantonaux et nationaux. Elle a donné naissance à deux juges fédéraux. La candidate ne veut pas croire que son nom ait pu favoriser sa carrière pour autant. Elle ne veut pas non plus imaginer que Pascal Couchepin œuvre à son élection dans l’ombre: «Il me donne des conseils de père, il n’est pas mon chef de campagne».

Le droit au service de l’individu

Comme lui, elle est grande et élancée. Parfois, ses gestes semblent hésitants. Ses mots, eux, sont déterminés et précis. Elle soutient que «les idées ne sont pas génétiques» et qu’elle aurait su s’octroyer le droit d’adhérer à un autre parti. Issue d’une lignée d’avocats valaisans et de médecins parisiens, Anne-Laure Couchepin est elle-même devenue avocate, après avoir été physiothérapeute. De sa première vie, elle a gardé «une fibre sociale» et retient la part «humaniste» des radicaux historiques. Grâce à la seconde, elle assume les grands principes du libéralisme: «L’Etat de droit est au service de l’individu».

Convaincue que sa formation constitue un avantage pour affronter les procédures qui encadrent le travail politique, elle argumente: «L’égalité des citoyens est d’abord une notion juridique». Elle pourrait bientôt devenir la première femme à présider une ville du Valais romand. Habituée à évoluer dans des sphères très masculines, et élevée «dans l’idée que les hommes et les femmes sont égaux», elle regrette que la réalité lui ait prouvé le contraire.

«Perdre la présidence n’est pas envisageable»

A l’approche des échéances du 16 octobre et du 13 novembre, Anne-Laure Couchepin n’a «pas peur». «Stimulée par les enjeux», et peut-être un peu nerveuse, elle se réjouit de cette nouvelle expérience. Pour la première fois, les démocrates chrétiens jugent qu’ils ont une chance de briguer la présidence de Martigny.

Il y a huit ans, Benoît Bender avait été le premier à délester les libéraux radicaux de la vice-présidence de la ville. Le départ précipité du président Marc-Henri Favre a aiguisé ses ambitions. Bénéficiant de larges réseaux, il est aujourd’hui le premier démocrate chrétien à postuler à une présidence qui n’avait jamais fait l’objet que de luttes internes entre les différents courants du PLR. Elle admet que «l’attaque a accéléré le processus». En juin dernier, à l’issue d’une «discussion saine», son collègue David Martinetti renonçait à sa candidature. Désormais sous pression, elle n’a pas le droit à la défaite: «Perdre la présidence n’est pas envisageable».

Le management participatif

D’ailleurs, selon elle, «il n’y a pas de raison de perdre». En charge des écoles où elle milite invariablement pour une politique «intégrative», elle avance un solide bilan individuel et collectif: «La ville se porte bien et ses habitants sont heureux». Anne-Laure Couchepin entend donc «travailler sur les petits détails qui améliorent le quotidien» et «bâtir sur la continuité». Ses proches la décrivent combative et travailleuse. Ses adversaires lui reprochent parfois de se reposer sur son administration. Elle réfute catégoriquement et soutient que son rôle consiste à donner des impulsions: «J’aurais tort de me priver de des compétences de mes collaborateurs».

Avec une sorte de timidité bienveillante, elle décrit un style de management «collaboratif et participatif». Le discours tranche avec l’image autoritaire d’un père qui entendait incarner le pouvoir. Peut-être plus modeste, sans doute plus proche des gens, elle n’impose pas, mais négocie.

A Martigny, la campagne a débuté au mois de juin. Rythmés de petites piques parfois assassines, les discours qui ont précédé l’été annoncent un duel tendu. Pour réussir un coup politique historique et réunir un électorat hétérogène, Benoît Bender appelle à choisir «une personne et non un parti». Pour marcher dans les pas de son père, Anne-Laure Couchepin espère que son style plus doux saura rassembler et mobiliser les libéraux radicaux, trop habitués à se déchirer pour le pouvoir.


Favoris, les libéraux radicaux remettent les villes en jeu

En décembre dernier, le président PLR de Sion Marcel Maurer annonçait un retrait inattendu. L’édile a néanmoins pris le soin de préparer sa succession. Jusqu’ici, seul l’entrepreneur libéral radical Philippe Varone a annoncé son ambition de le relayer. Diplômé en sciences économiques, propriétaire d’une cave historique et engagé dans de multiples associations, il incarne à la fois le monde du vin et celui de la culture.

Les démocrates chrétiens semblent eux-mêmes pris de court par le départ de l’homme qui les a éjectés de la présidence il y a huit ans. Pour reconquérir un siège qui leur avait toujours appartenu, ils lancent sept candidats, parmi lesquels deux conseillers municipaux sortants, le président du législatif de la ville, et surtout l’ancien président du parti, Michel Rothen. Le mieux élu d’entre eux devrait contester la présidence à Philippe Varone lors du deuxième tour du 16 octobre.

A Sierre, trois hommes pour un siège

Ancien conseiller municipal, le libéral radical Marc-André Berclaz fait lui aussi figure de favori à la succession du président PLR de Sierre, François Genoud. L’économiste au CV interminable débarque dans une élection triangulaire presque inédite et un peu incertaine. Ancien président de la Haute école spécialisée et actuel directeur opérationnel du pôle EPFL Valais, il affronte deux conseillers communaux sortants, le démocrate chrétien Pierre Berthod et le socialiste Olivier Salamin.

Employé de banque âgé de 35 ans, le premier bénéficie d’un solide réseau associatif et culturel. Il peut compter sur les voix d’un parti revanchard, qui a occupé la présidence par intermittence. Candidat malheureux au Conseil national, le second incarne de larges réseaux socio-sanitaires et toute une tradition de gauche. Psychothérapeute, il dirige l’Association valaisanne d’aide aux personnes handicapées mentales.

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