Le Temps a révélé ce matin le contenu menaçant d'un téléphone appartenant à un homme habitant Annemasse, inscrit au Fichier S et au lourd passé judiciaire. Plusieurs messages supposaient que des attentats pouvaient être en préparation à Lausanne et Genève.

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Le témoignage d'un responsable du club AKE d'Annemasse (arts martiaux) où Akim* pratiquait la boxe confirme son profil d'individu à la fois radicalisé (il a tenté de rejoindre la Syrie) et psychiquement malade (il est détenu à Lyon dans un hôpital pénitentiaire). Cette personne qui requiert l'anonymat estime que Akim semble s'être radicalisé il y a trois années. «Il refusait de se joindre aux cours mixtes, fuyait les femmes, il ne leur serrait pas la main par exemple. Mais c'était sans animosité de sa part, sans violence ». Ce témoin ajoute qu'Akim n'a plus assisté aux entraînements pendant un an avant de réapparaître amaigri «et comme une légume». «Il m'a dit qu'il prenait des médicaments » précise-t-il. Puis revirement, qui atteste du caractère bipolaire d'Akim, il est apparu au début de l'été dernier enjoué, faisant la bise aux boxeuses. «Il a participé au barbecue de fin de saison, on a beaucoup rigolé avec lui. Il devait même se joindre à nous pour un stage en Italie avant la reprise. Il continuait certes à me parler de religion mais il me donnait des conseils ami-ami» explique ce témoin.

Le parcours chaotique de Samia

Samia*, liée à Akim après un mariage religieux express célébré en dix minutes à Genève le 12 août, a comparu jeudi devant le cour du Tribunal de Thonon. Elle a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour port et transport d'armes interdites (de catégorie D, non létales). Très croyante, la jeune femme qui vit dans la région parisienne s'est présentée avec un foulard cachant ses cheveux mais en Jeans et tee-shirt moulants. Son parcours est chaotique : très tôt orpheline, elle a été mariée avec un légionnaire camerounais, a eu deux enfants (4 et 2 ans) avec un homme qui l'a par la suite quittée (mais il verse une pension), a fait deux mois de prison pour extorsion, est désormais sans emploi et vit de pensions.

Elle a menti lorsqu'elle a affirmé que le téléphone retrouvé dans son véhicule et contenant des messages menaçants lui appartenait alors qu'il était la propriété d'Akim. «Je voulais le protéger» a-t-elle dit à la Cour. Une juge lui a demandé pourquoi une jeune mère de famille pouvait s'attacher à un individu instable, radicalisé, sans doute dangereux. «Je peux le calmer lorsqu'il n'est pas dans un état normal, il est gentil. Je veux poursuivre notre union» a-t-elle répondu. Des tracts anti-Daesh et un livre prônant le salafisme ont été découverts dans le coffre de son automobile. «Je les ai eus dans une librairie près de chez moi, ils indiquent la manière de se comporter en tant que femme, épouse et mère. Ils disent aussi que Daesh c'est sectaire ». Quant à l'ouvrage salafiste, Samia explique que le salafisme renvoie «aux prédécesseurs, les guides de l'Islam».

La réaction des autorités

Le Département fédéral de justice et police est revenu sur la mise en accusation d'Akim: «Cet individu est dans le viseur des autorités françaises qui ont informé fedpol de ce cas ainsi que ses menaces proférées. Ces menaces ont été vérifiées, mais se sont avérées être sans fondement réel et de nature affabulatoire. Nous restons évidemment en contact avec les autorités françaises quant à une éventuelle suite à donner à cette affaire.»

Le conseiller d'Etat genevois Pierre Maudet a aussi réagi. «Je ne commenterai pas le cas mais j'insiste sur le fait que dès août, les canaux prévus, le parquet français, les autorités fédérales et cantonales, ont bien fonctionné et l'information a circulé. Nous avons pu évaluer la situation et pas éprouvé le besoin de modifier le niveau d'alerte qui était déjà élevé après les fêtes de Genève».

* prénoms d'emprunt