Un jugement du tribunal administratif de Lyon a donné raison mardi dernier à Pierre Grandchamp, maraîcher à Annemasse, en annulant une autorisation de révision du plan local d’urbanisme (PLU) prononcée par le conseil municipal de la cité frontalière en avril 2011.

Cette révision portait sur la création dans le quartier du Brouaz d’un espace de quatre hectares dédié à la construction de logements, d’un parc public ainsi que d’une mosquée. Or, le terrain se situe également en zone franche et accueille des serres et des cultures «exploitées depuis plus de cent ans par ma famille» indique Pierre Grandchamp.

Après trois années de procédure, celui-ci savoure sa revanche. «On m’a dit que je devais laisser tomber, que mes chances étaient faibles face au maire, mais lorsque l’on on est certain d’être dans son bon droit on ne doit pas céder» confie-t-il au Temps.

Un premier jugement prononcé en 2013 en première instance par le tribunal de Grenoble l’avait débouté. Il avait fait appel devant la justice administrative de Lyon images à l’appui en recourant à une société pour photographier par hélicoptère son exploitation. «Les impacts du projet municipal ont été ainsi visualisés et jugés non conformes à l’article 121-1 du code de l’urbanisme relatif à la mixité entre zones agricoles et habitables. Le juge a notamment observé que le nouvel hôpital privé d’Annemasse venait d’y être construit en 2012 et qu’il fallait conserver un peu de verdure» explique-t-il.

Un terme est mis aussi - et sans doute momentanément - à un affrontement entre pro et anti-mosquée. Un lieu de culte devait être érigé sur une parcelle de 7000 m2 préemptée par la mairie, que souhaitait acquérir le centre culturel des musulmans d’Annemasse (CCMA).

Pierre Grandchamp, qui fut encarté au Front national mais se défend d’être raciste - ma femme est marocaine, dit-il -, a su attirer la sympathie d’activistes d’extrême-droite et de riverains qui, selon une rumeur, allaient devoir subir des appels à la prière. Sur Facebook, était évoqué «le spectre musulman menaçant nos bonnes salades musulmanes».

Annemasse recense une population de 10 000 habitants de confession musulmane. Deux cent fidèles se réunissent régulièrement dans une ancienne grange rénovée, à Ambully. Le vendredi, jour de grande prière, certains posent leur tapis au-dehors, faute de place à l’intérieur.

L’un d’entre eux, rencontré mercredi sur place, est fataliste : «Cela fait plus de trente ans que l’on espère un vrai lieu de prière, alors on peut encore patienter, nous sommes même prêts à envisager un autre terrain car nous n’avons jamais souhaité que les 15 salariés du maraîcher se retrouvent au chômage».

Michel Boucher, en charge de l’urbanisme à la ville d’Annemasse a fait savoir, dans un entretien accordé au Dauphiné Libéré, que la municipalité prenait acte du jugement de la cour administrative de Lyon et ne souhaitait pas aller devant le Conseil d’Etat. En ce qui concerne la mosquée, la ville a informé que le maraîcher occupait le terrain prévu à cet effet «sans droits, ni titres» et demandera l’exécution d’un jugement de la Chambre d’appel de Chambéry en date du 12 septembre qui stipule qu’il doit être libéré. «Qui a raison, qui a tort, on ne sait pas, l’affaire s’enlise et elle va durer, on va chercher ailleurs» confiait mercredi soir un membre du CCMA.

Ce même mercredi, le Conseil d’Etat français a invalidé le permis de construire d’une mosquée à Annecy. Ce projet avait été attaqué par des riverains au motif qu’il ne respectait pas le PLU et ne comprenait pas un nombre suffisant de places de stationnement. L’ancien lieu de culte, rue des Alpins, avait été incendié en mars 2004 par un groupuscule néo-nazi.