«Quand à 15 ans je suis arrivée à Annemasse j'en ai pleuré, car il n'y avait rien à faire.» Aujourd'hui encore, à 40 ans, Brigitte Moussier préfère se promener le dimanche à Genève que de rester dans sa ville. Si cette frontalière conserve de l'amertume vis-à-vis d'Annemasse, elle dit volontiers que ses enfants s'y plaisent et trouvent de nombreuses activités à leur goût. D'une génération à l'autre, la ville semble s'être animée.

Avec ses 30 000 habitants, Annemasse est la deuxième ville la plus peuplée du département de la Haute-Savoie, derrière Annecy. Le potentiel humain existe, d'autant plus que l'agglomération annemassienne (Ville-la-Grand, Ambilly, Gaillard, Etrembières, Vetraz-Monthoux) se compose de quelque 80 000 habitants.

Et pourtant, vu de l'extérieur, on attribue facilement à Annemasse l'appellation de ville-dortoir, puisque plusieurs milliers de ses habitants traversent chaque jour la frontière pour travailler à Genève, voire dans le canton de Vaud. Toutefois, ici, on assure que ce n'est plus vrai, que le centre-ville s'anime, que les manifestations culturelles se succèdent et que ce bourg est devenu une ville à part entière.

Directeur de l'animation de la ville, Alain Ruffié se souvient quand en 1967 il dirigeait la première MJC (Maison des jeunes et de la culture). «Pour assister à un concert, il fallait se rendre à Genève ou à Thonon; pour la piscine, la plus proche était celle des Vernets.» Mais, grâce à la salle de 500 places de la MJC, Léo Ferré, Félix Leclerc et des orchestres américains de jazz ont été parmi les premiers à côtoyer le public annemassien.

Depuis, la ville s'est dotée d'infrastructures culturelles et associatives qui permettent à ses habitants de trouver chez eux ce qu'ils pouvaient chercher ailleurs. A ce propos, on peut relever l'existence de la salle Martin-Luther-King, du Centre des associations, d'un auditorium, de trois MJC et surtout du théâtre du Château rouge, qui fêtera, la saison prochaine, son vingtième anniversaire. Ce théâtre propose une programmation de qualité (Laurent Terzieff, Laurent Ruquier, Renaud, Le Barbier de Séville), qui attire même des spectateurs de Suisse. Cependant, ces infrastructures sont insuffisantes pour rendre Annemasse attrayante.

L'absence de site naturel, tel un lac ou un fleuve qui traverserait la ville, d'un centre historique et d'un monument – autre que celui «aux morts» – nuit à l'image de la ville. «Ici, quand un édifice est vieux, il est juste bon à démolir. Nous n'avons rien de très ancien qui puisse être restauré», confie un habitant.

Même la place de l'Hôtel-de-Ville incarne les problèmes d'Annemasse, ceux d'une ville prometteuse ternie par une touche d'imperfection. Semi-piétonne, la place est ornée de bacs fleuris. Des passants s'arrêtent et s'assoient à l'ombre d'un arbre, devant une mairie à la pierre orangée. Mais, juste en face, derrière une palissade, un chantier abandonné. Un chantier qui «pénalise l'image de la ville, car quand on ne connaît pas Annemasse c'est ici que l'on se donne rendez-vous et c'est cette atrocité que l'on voit», déplore Roger Vioud, adjoint au maire, chargé de l'urbanisme.

En dépit de ce handicap provisoire, les travaux de construction devant reprendre à l'automne pour s'achever en 2001, le centre-ville constitue une pièce maîtresse pour Annemasse. La tendance est même d'en augmenter le nombre d'espaces piétonniers. Ainsi, la partie rue du Commerce proche de la mairie et un tronçon de l'avenue Pasteur sont voués à devenir semi-piétons. Les aménagements débuteront aussi cet automne. Ce qui constitue l'âme d'une ville ce sont aussi ses commerces. On en dénombre huit cents à Annemasse, mille deux cents en comptant ceux de l'agglomération. Leur bon fonctionnement est un excellent talon de mesure pour évaluer la qualité attractive de la ville.

Depuis deux ans, les commerçants annemassiens sont montés à l'offensive. L'Union commerçante s'est rebaptisée «J'aime Annemasse» et la Chambre de commerce et d'industrie a mandaté une animatrice, Noëlle Lemoine, pour élaborer une stratégie afin de dynamiser l'activité commerciale de l'agglomération. Des efforts ont été effectués pour accueillir plus de 260 exposants à la dernière braderie. «Les grandes enseignes situées autour d'Annemasse attirent la clientèle», indique Noëlle Lemoine. A ce propos, Darty, spécialiste en électroménager, s'installera à l'automne dans la zone industrielle de la ville.

Ces synergies ont abouti à l'élaboration de divers projets. L'un d'entre eux est la création d'une carte de fidélité à puce électronique. Elle verra le jour dans le courant de l'année prochaine. Cette carte existe déjà à Narbonne. A chaque achat, dans un des commerces, des points sont chargés sur la carte du client. En les cumulant le porteur peut soit recevoir des cadeaux, soit les dépenser dans les parcomètres de la ville. Selon Max Durieux, président de J'aime Annemasse, les Genevois ne fréquentent pas trop le centre-ville: «Si nos petits commerces fonctionnent, c'est grâce au pouvoir d'achat des frontaliers.»