A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Christian Dupessey, le maire socialiste d’Annemasse, aux portes de Genève, vient de prendre la décision d’armer les 25 membres de sa police municipale. L’édile socialiste longtemps hostile à l’idée d’équiper ainsi les agents «dont la mission est avant tout d’assurer la tranquillité publique et de promouvoir le dialogue» justifie son retournement par le contexte national marqué par la persistance de la menace terroriste.

«Nous sommes en état d’urgence, explique Christian Dupessey. Pour assurer la sécurité des citoyens, la police doit se sentir elle-même en sécurité. Ce sont les agents qui m’ont demandé d’avoir désormais une arme à feu.» La police municipale d’Annemasse, qui jusque-là était équipée de pistolets à impulsion électrique (taser), rejoint ainsi celle de Thonon ou d’Annecy, déjà en possession d’armes à feu. Il est de la prérogative des maires en France de prendre ce type de mesure.

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La nouvelle disposition a été présentée au Conseil municipal et Christian Dupessey indique que c’est dans sa majorité de gauche qu’elle a provoqué le plus de remous. Les policiers vont être formés pendant plusieurs mois au maniement des armes et chacun sera soumis à une évaluation psychologique. «Il n’est pas acquis que tous les agents soient autorisés à porter une arme à feu», prévient le maire. L’investissement est estimé à 80 000 euros.

Exception genevoise

En Suisse, Genève est une exception puisque les agents de police municipale (APM) ne sont pas équipés d’armes à feu. «Nous revendiquons et assumons cela», commente Pierre Maudet, le conseiller d’Etat en charge de la sécurité. Il poursuit: «Nous voulons surtout qu’aux côtés de la police cantonale les APM demeurent présents au plus près de la population afin de prévenir et de lutter contre l’insécurité, en détectant par exemple des signes de radicalisation. Cette politique de prévention ne nécessite pas pour l’heure de les équiper d’armes à feu».

Son département et les communes travaillent actuellement à la rédaction d’une nouvelle «Politique de sécurité de proximité». Une fois validée, cette politique pourrait amener le Conseil d’Etat à proposer l’adaptation de certaines missions des APM. Elle précisera surtout la façon de les mettre en œuvre, et avec quel équipement ou quels moyens de défense. «En bref, c’est la mission qui détermine l’équipement et non le contraire» résume Pierre Maudet. Le conseiller rappelle par ailleurs que c’est au Grand Conseil de légiférer sur l’attribution d’armes à feu aux APM.