Genève

Annick Ecuyer, femme transgenre, entre au Conseil municipal

Annick Ecuyer fait figure de pionnière. Elle devient la première femme transgenre à faire son entrée au parlement de la Ville de Genève. Entretien

Mercredi matin, Annick Ecuyer prêtera serment pour la première fois au Conseil municipal de la Ville de Genève. «En plein pendant les débats sur le budget», plaisante-t-elle. Membre du Parti du travail, elle rejoint les rangs d’Ensemble à gauche, succédant à Vera Figurek, ancienne présidente du parlement de la Ville. Cette dernière a démissionné, en invoquant une difficulté de concilier toutes ses obligations.

Annick Ecuyer devient par la même occasion la première femme ouvertement trans à obtenir un siège dans le canton. «Transgenre», précise-t-elle. «Le terme transsexuelle est trop chargé, il a longtemps été utilisé en psychiatrie.» A 19 ans, elle est candidate pour la première fois au Conseil municipal. A l’époque, son prénom était encore Vincent.

A 41 ans, désormais femme, elle siège aux côtés de sa mère, Hélène Ecuyer. La politique est une affaire de famille: le grand-père était un des fondateurs du Parti du travail. La mère, la fille et le fils, Sébastien, seront d’ailleurs candidats à l’élection au Grand Conseil, au printemps prochain. Une politicienne transgenre, c’est exceptionnel. On ne connaît que deux autres cas récents en Suisse, celui d’une Bâloise PDC et celui d’un Tessinois de la Lega.

Le Temps: Vous intégrez le Conseil municipal aujourd’hui. Quel est votre état d’esprit?

Annick Ecuyer: J’ai tout de même certaines appréhensions, notamment sur le fait d’être plus exposée. Les personnes trans sont souvent considérées comme des personnes déviantes. On nous accuse de vouloir provoquer. Et forcément, on reçoit aussi des insultes. Mais les réactions violentes, au Parti du travail, on a l’habitude. Je suis active depuis un bon moment en politique, alors j’ai appris à gérer ces attaques.

– Pourquoi y a-t-il encore trop peu de personnes transgenres élues en politique?

– Le problème c’est qu’on nous stigmatise comme «autre». En étant ouvertement trans en politique, on a moins de visibilité sur les thèmes généraux. C’est rare qu’on vienne nous demander notre avis sur… la construction d’un pont, par exemple. De plus, ça nous oblige à exposer une partie de notre vie dans un contexte public. De nombreuses personnes trans font de la politique sans être visibles.

– Quels thèmes souhaitez-vous défendre au Conseil municipal?

– Comme trans féministe, je me bats contre les discriminations envers les femmes. Il faut bien sûr une plus grande représentation en politique, mais pas seulement. Le temps de parole devrait également être organisé afin que les politiciennes puissent se faire entendre. Les questions LGBT me tiennent également beaucoup à cœur. Mais il est important de comprendre qu’elles sont étroitement liées à des problématiques de santé, de logement et de discriminations raciales.

– Pensez-vous que les politiciens et politiciennes transgenres sont moins acceptés à droite?

– Oui, la droite religieuse se montre généralement hostile à la question de la transidentité. Etre trans, ou homosexuel, remet en cause leurs convictions personnelles. Cela va à l’encontre de leur vision traditionnelle de la famille et des rôles de genre. Il me semble qu’à gauche, les personnes trans sont plus soutenues. Reste que certaines incompréhensions sont encore présentes dans les partis plus ouverts sur la question. Dans mon parti, du moins, je me sens respectée.


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