Le nom d'Aqua Nostra évoque la formidable bataille qui voit s'affronter depuis des mois les associations écologistes aux riverains du lac de Neuchâtel. Farouchement opposée aux mesures de protection de la Grande Cariçaie (rives sud du lac), Aqua Nostra a organisé la résistance depuis sa fondation en avril 1998. Le lobby des riverains n'a pas ménagé ses efforts, faisant parvenir plusieurs dizaines de milliers de lettres d'opposition aux autorités vaudoises et fribourgeoises.

Une stratégie d'étouffement payante. Elle a contraint l'Office fédéral de l'environnement à revoir le plan de protection en l'allégeant. Le compromis, présenté cet été, permet le maintien de l'utilisation traditionnelle des rives par les habitants. L'accès des baigneurs aux plages naturelles existantes restera possible et une partie des zones devant être interdites à la navigation, pour permettre aux oiseaux migrateurs de nicher en hiver, restera autorisée en été.

Ce succès politique a dopé l'ambition d'Aqua Nostra, qui entend maintenant généraliser les principes de son action à l'ensemble de la Suisse romande, et même s'étendre en Suisse alémanique. L'objectif est de développer une action en faveur de l'environnement, mais où la dimension de l'activité humaine reste le facteur prioritaire. «Nous nous définissons clairement comme un mouvement d'opposition à l'écologie outrancière», note Olivier Rostan, président d'Aqua Nostra Vaud, qui regroupe après ses quelques mois d'existence 3500 membres individuels, 145 associations et 37 communes.

C'est en Valais que le premier relais sera établi. Les oppositions ancestrales entre écologistes et promoteurs immobiliers ont préparé le terrain. La section valaisanne sera officiellement fondée le 30 août et le conseiller national PDC Simon Epiney devrait en prendre la tête. Il annonce s'être déjà assuré le soutien d'un millier de personnes. «Entre les intérêts de l'économie et de l'écologie, trop souvent on pénalise les premiers. Nous sommes favorables à un développement durable, mais au service de l'homme. Chaque région doit pouvoir jouer ses atouts, qu'ils soient agricoles, industriels, artisanaux, touristiques, naturels ou autres.»

Simon Epiney rappelle que le Valais connaît de grandes difficultés à réussir une réelle diversification économique dans les régions alpines et qu'il est nécessaire de permettre aux habitants des montagnes de vivre décemment. Fatiguée des tracasseries de l'administration fédérale, jugée trop influencée par les milieux officiels de la protection de l'environnement, «arrogants et intransigeants», Aqua Nostra annonce clairement la couleur. Son but sera d'obtenir une limitation des droits de recours des organisations écologistes.

L'idée est de faire appel à un médiateur lors d'une opposition à un projet, pour trouver un compromis. En cas d'échec de la tentative de conciliation, le droit de recours serait limité aux organisations d'importance nationale et pour autant que l'objet discuté soit d'importance nationale. Aqua Nostra veut également empêcher une procédure de recours quand un projet est d'intérêt public. Pour parvenir à ses fins, l'association entend obtenir des modifications des lois sur la protection de la nature et de l'environnement.

C'est donc un combat politique de longue haleine, mené par des parlementaires provenant essentiellement des milieux bourgeois, qu'Aqua Nostra cherche à développer. Dans le canton de Vaud, Olivier Rostan est ainsi candidat au Conseil national sur les listes du parti libéral. A moyen terme, une section fribourgeoise devrait être créée, qui pourrait être animée par le député Charles Haenni, Olivier Sansonnens, syndic de Portalban et Michel Duc, vice-syndic de Forel. Des sections sont aussi envisagées à Neuchâtel, Genève et dans le Jura.