Fonds routier

Les anti-Forta dénoncent une «razzia sur la caisse fédérale»

Un comité d’opposition considère qu’il faut investir dans les agglomérations mais pas dans les routes

Alors que les partisans du Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (Forta), notamment Doris Leuthard, sont en campagne depuis décembre, les adversaires ne sont entrés en scène que mardi, pour dénoncer une «razzia sur la caisse fédérale». Ils reprochent au fonds routier un trop généreux recours aux deniers publics. En l’occurrence, 650 millions seront détournés du budget général de la Confédération au profit de la route. Il s’agit des recettes de l’impôt sur les véhicules automobiles (400 millions) et de 10% de celles de la taxe de base sur les carburants (250 millions). La caisse fédérale ne conservera plus que 40% des rentrées de cette taxe, les 60 autres pour-cent étant désormais réservés à la route.

L’argumentaire des opposants, principalement de l’Association Transport et Environnement (ATE), ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qui avait été utilisé pour combattre l’initiative «Vache à lait». Le mot razzia avait déjà été articulé dans ce cadre. Or, cette initiative aurait privé le budget fédéral de 1,5 milliards de taxes routières, soit plus de deux fois plus que le Forta. La présidente de l’ATE Evi Allemann n’hésite cependant pas à qualifier le fonds routier de «pillage de la caisse fédérale». Selon l’ATE, cet argent ne servirait qu’à financer «des projets routiers insensés, qui défigureraient notre pays». Si le peuple dit oui le 12 février, la route disposera de recettes annuelles de 4,6 milliards de francs. Pour l’ATE, c’est beaucoup trop.

«Modes de déplacement connectés»

Les opposants considèrent que ces investissements donneront naissance à une infrastructure «inadaptée». Ils préfèrent miser sur les nouveaux modes de déplacement connectés, qui diminueront la demande en routes. «La numérisation galopante de nos sociétés industrielles va chambouler notre mobilité et les flux de marchandises», affirme l’ATE.

L’ATE considère que le trafic d’agglomération, qui sera lui aussi financé par le Forta, ne recevra pas assez d’argent par rapport à ce qui sera affecté à l’achèvement et à l’entretien du réseau autoroutier. 390 millions sont prévus chaqeu année pour les projets urbains. Nous n’avons pas besoin de mégaprojets autoroutiers, mais de résoudre les problèmes de circulation dans les agglomérations. C’est là que se trouve 75% du trafic», plaide le président du groupe parlementaire des Verts, Balthasar Glättli. Pour l’ATE, «les programmes d’agglomération peuvent perdurer sans le Forta».

Tel n’est pas l’avis du Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB), qui, contrairement à l’ATE, juge le Forta indispensable et qui est à son tour entré en scène mardi. Conseillère communale à Bulle, Marie-France Roth Pasquier ne pense pas que les projets d’agglomération pourront perdurer sans le fonds routier. «Comme les ressources prévues jusqu’à maintenant sont presque épuisées, une nouvelle solution est nécessaire pour que les projets d’agglomération se poursuivent», plaide-t-elle.

Engagé à ses côtés, le conseiller d’Etat neuchâtelois Laurent Favre souligne pour sa part que le Forta présente un autre avantage, celui d'«assurer à long terme la desserte des régions de montagne par la route», car il prendra le relais du fonds d’infrastructure, dont une petite partie a été réservée aux routes des régions périphériques.

La course est désormais bien lancée. Selon les premiers sondages, les partisans du Forta sont en pole position (60% de oui contre 32% de non). L’enquête d’opinion de l’institut gfs.bern montre que l’argument principal en faveur du fonds routier est la volonté de pérenniser le financement de la route. Les opposants disposent cependant d’un argument susceptible de marquer des points: le risque d’augmentation du trafic sur la durée.

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