La pression sur la centrale nucléaire de Beznau augmente

Energie Après la constatation d’un défaut sur la cuve du réacteur, le site argovien est attaqué par la voie juridique

L’effet Fukushima semble s’éloigner du parlement. La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (Ceate) du Conseil des Etats a confirmé jeudi qu’elle ne voulait pas fixer de délai pour la durée d’exploitation des centrales nucléaires, pas même celle de Beznau I, qui date de 1969 et est la plus vieille du monde en activité.

En fait d’activité, elle est à l’arrêt depuis quelques semaines. Cette interruption est due à la révision annuelle de l’installation. Mais elle sera prolongée, sans doute jusqu’au début de l’an prochain parce qu’une anomalie apparue dans le matériau de la cuve de pression du réacteur doit être analysée. Du coup, le deuxième réacteur de Beznau a aussi été arrêté pour procéder à sa révision et vérifier s’il est fragilisé par un défaut du même genre.

Ces constatations ont été évoquées voici dix jours devant la Ceate. Celle-ci a auditionné Andrew Walo, le patron de la société Axpo, propriétaire de Beznau. Il a expliqué que le défaut constaté sur le premier réacteur datait probablement de sa construction à la fin des années 60 et précisé que, à l’époque, la technique de contrôle n’était pas suffisamment développée pour «identifier d’aussi petites irrégularités». Selon Greenpeace, cette incertitude aurait dû suffire à convaincre la Ceate de durcir les conditions d’exploitation de la centrale.

Or, la commission a pris une décision inverse. Par 7 voix contre 6, elle a renoncé à imposer la moindre limite aux centrales nucléaires suisses. Le Conseil national avait décidé en décembre que l’activité de Beznau I et II ne devait pas dépasser soixante ans. Selon cette décision, Beznau I devrait fermer ses portes en 2029 et Beznau II deux ans plus tard, en 2031. La Ceate a rejeté ce scénario. Mais le vote est serré et l’option que retiendra le Conseil des Etats en séance plénière en septembre reste ouverte.

Le PS écrit à Doris Leuthard

Cela explique pourquoi les antinucléaires augmentent la pression pour faire fermer Beznau le plus tôt possible. Jeudi, Greenpeace, la Fondation suisse de l’énergie (FSE) et l’Association trinationale de protection nucléaire (ATPN) ont annoncé l’ouverture d’une procédure judiciaire pour transformer l’arrêt provisoire en fermeture définitive.

Ils pointent du doigt l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), qu’ils accusent d’avoir fait preuve de mansuétude excessive à l’égard d’Axpo après l’accident de Fukushima. En 2011, l’IFSN a demandé aux exploitants des sites nucléaires d’apporter la preuve qu’ils étaient capables de résister à un tremblement de terre d’une amplitude telle que le risque qu’il se produise est d’une fois tous les 10 000 ans. Pour cela, il a pris en compte une valeur limite de rejets radioactifs de 100 millisieverts (mSv). Un séisme majeur dont la probabilité est d’une fois tous les 10 000 ans rejetterait des doses irradiantes de 78 mSv par personne. Il n’y aurait donc a priori pas de problème.

Les antinucléaires contestent toutefois cette approche et considèrent que la valeur limite de référence utilisée par l’IFSN est trop élevée. La dose maximale admissible devrait être de 1 mSv car il faut prendre en compte les séismes qui risquent de se produire plus fréquemment qu’une fois tous les 10 000 ans. Elles ont écrit à l’IFSN le 19 août pour lui demander de corriger sa décision. Si l’IFSN, qui prendra position «en temps voulu» sur cette requête, refuse de modifier son approche, les 15 riverains qui sont parties à la procédure judiciaire saisiront le Tribunal administration fédéral, voire le Tribunal fédéral. L’IFSN se contente pour l’heure de souligner que sa pratique est approuvée par plusieurs organes fédéraux et internationaux. Notamment par l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), qui a toutefois relevé que «la procédure suisse ne correspond pas à la pratique usuelle internationale».

Le but de la démarche est clair: contraindre l’IFSN à constater que Beznau doit être fermée défini­tivement, car c’est à ce résultat qu’aboutirait le changement de pratique. Indignés par la décision de la Ceate des Etats, les conseillers nationaux Adèle Thorens (Verts/VD) et Roger Nordmann (PS/VD) soutiennent sans bémol la démarche. Le PS a d’ailleurs écrit à Doris Leuthard jeudi pour «retirer sur-le-champ l’autorisation générale de la centrale de Beznau».