Médias

Antipresse ou le discours numérique du cercle d’Oskar Freysinger

La lettre d’information de Jean-François Fournier et Slobodan Despot critique les médias avec style, pour mieux diffuser un discours antimoderne

Souvent nostalgiques, leurs plumes semblent chercher le paradis perdu. Avant Noël, celle de Slobodan Despot regrette le déclin de la civilisation chrétienne. Et tord le cou à ces «hommes sans poitrail», des athées qui ne lisent plus. En parallèle, son ami Jean-François Fournier détaille les finances d’une littérature qui sacre des vedettes mais ne nourrit plus ses auteurs. Les deux écrivains s’allient pour décrire «la disette du monde sociétal et culturel».

Antipresse naît en Valais, «au hasard d’une discussion entre deux vieux amis». Slobodan Despot est écrivain et éditeur. Depuis 2013, il est aussi conseiller en communication pour le ministre UDC Oskar Freysinger. Écrivain et journaliste, Jean-François Fournier a été rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, et il dirige désormais La revue automobile. En créant une lettre d’information numérique, ils espèrent fusionner les deux publics distincts qui composaient déjà leur audience en ligne. Après trois semaines, ils comptent plus de 1300 abonnés. L’opération leur aura coûté les quelques centaines de francs nécessaires à l’acquisition du logiciel qui distribue automatiquement leur newsletter.

Antipresse n’est pas contre, mais face à la presse

Le titre est éloquent: Antipresse critique sévèrement les médias. Les auteurs présentent la lettre d’information en affirmant que «le rôle du milieu médiatique dans l’Occident d’aujourd’hui est comparable à celui de la presse officielle en URSS». Néanmoins, les deux érudits jouent sur les mots et leurs racines. Pour Slobodan Despot, «Antipresse n’est pas contre, mais face à la presse». Jean-François Fournier, lui, juge la qualité des médias en Suisse «globalement bonne». Il décrit la démarche comme «complémentaire à l’offre des grands médias qui traitent tous le même sujet au même moment».

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Les articles de l’ancien rédacteur en chef du Nouvelliste dénoncent pourtant les «journalistes de la cour» et leurs «enveloppes de petits billets». Ou l’aide fédérale à la presse qui explique «pourquoi nos sources d’information se montrent si peu critiques envers nos dirigeants». Pour Slobodan Depspot, c’est une évidence: «80% des journalistes sont de gauche et ceux qui s’en cachent sont malhonnêtes». L’écrivain fustige encore «le manque de style et de diversité de points de vue des médias». Ses propos rejoignent ceux qu’Oskar Freysinger tenait le mois dernier: «La plupart des médias sont aux ordres. Ils propagent la doxa dominante».

Le spectre d’Oskar Freysinger

Une relation de longue date réunit Slobodan Despot et Jean-François Fournier à Oskar Freysinger. En 2011, Le Temps décrivait les trois hommes comme un «cercle esthétisant», des intellectuels qui espèrent peser sur la culture locale et au-delà, «à l’image des petits comités érudits d’avant-guerre». Fondateur des éditions Xénia, le premier a publié les écrits des deux autres. Pendant six ans, il a aussi tenu des chroniques dans Le Nouvelliste que dirigeait Jean-François Fournier. Avant de devenir un collaborateur de l’Etat du Valais.

Les liens du journaliste et du conseiller d’Etat remontent au temps ou le second exerçait le premier au basket. L’homme de presse précise: «J’apprécie la personne, mais nous ne sommes pas d’accord sur les questions politiques». En Valais, de nombreux observateurs considèrent que le rédacteur en chef du Nouvelliste avait favorisé l’élection de l’homme au catogan. Lui s’en est toujours défendu. En détaillant les savants calculs qu’il menait pour garantir les équilibres politiques du quotidien, il affirme qu’il n’a «jamais donné un vote à l’UDC».

Nous sommes des antimodernes

Nommé Spin doctor d’Oskar Freysinger quelques mois après son élection, Slobodan Despot ne pourrait pas écrire pour lui «sans une certaine communauté d’idées». Homme de droite, il se distancie d’un parti, auquel il n’est pas affilié: «Dans le détail, les positions de l’UDC m’irritent souvent». Jean-François Fournier, lui, refuse de se laisser classer à droite, et se définit comme un «libéral avec une tendance sociale». Les deux rédacteurs d’Antipresse ne souhaitent pas préciser leur ligne éditoriale, et vantent leur liberté. C’est l’éditeur qui résume le mieux le lien idéologique qui les unit: «Nous sommes des antimodernes».

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