Il n’y a pas eu de suspense. Réunis dans un restaurant juste au-dessus de la gare de Berne, les partisans de l’initiative pour une «sortie programmée du nucléaire» se sont vite résignés à leur défaite qu’ils ont qualifiée d’«honorable», selon le terme employé par le chef du groupe des Verts Balthasar Glättli.

Malgré le résultat négatif, les initiants n’ont pas tout perdu. Ils relèvent que la campagne a fait tomber quelques masques, notamment chez les grands électriciens qui font figure de vainqueurs à la Pyrrhus. Après avoir annoncé vouloir réclamer des dédommagements se chiffrant en milliards en cas d’acceptation de l’initiative, ils ont perdu en crédibilité lorsque la presse dominicale a révélé qu’Alpiq, qui exploite les centrales de Gösgen et Leibstadt, avait tenté de les céder pour un franc symbolique à la Confédération.

«L’heure de vérité va sonner pour nos adversaires»

«Le grand mérite de la campagne a été de libérer la parole sur la situation économique du nucléaire. Tout le monde sait désormais que cette énergie n’est pas rentable», dit Adèle Thorens (Les Verts/VD).

Ensuite, les initiants se réjouissent de prendre au mot leurs adversaires, qui se sont souvent profilés en avocats du climat en martelant qu’une sortie précipitée du nucléaire ne ferait qu’accroître les importations d’électricité sale issue du charbon. «L’heure de vérité va sonner pour nos adversaires, dont on saura s’ils ont été sincères ou non», relève Balthasar Glättli.

Taxer l’électricité sale

Précisément, ce thème de l’électricité sale fait l’objet de plusieurs interventions au parlement. En août dernier, la Commission de l’énergie (CEATE) du Conseil national a rejeté une initiative du président des Verts libéraux Martin Bäumle, qui veut la taxer. En revanche, en pleine campagne sur la sortie du nucléaire, la CEATE du Conseil des Etats a approuvé une initiative du canton de Genève qui souhaite quant à lui pénaliser le courant sale pour sauver les barrages suisses. Cela ne veut encore rien dire: lorsque les Chambres avaient traité un amendement pour inclure ce point dans la stratégie énergétique 2050, elles l’avaient rejeté.

La prochaine bataille concernera justement cette stratégie, portée par la conseillère fédérale Doris Leuthard. L’UDC a déjà lancé un référendum à ce sujet, soutenue par une forte minorité d’élus du PLR. Réunis à l’Hôtel Bellevue, les vainqueurs du jour se sont bien sûr félicités du résultat. «C’est un résultat plus clair que celui auquel je m’attendais. Il signifie que la population ne veut pas d’une sortie chaotique du nucléaire», souligne Heinz Karrer, le président de l’association faîtière «economiesuisse», par ailleurs ex-CEO du groupe Axpo. Mais ce qui frappait beaucoup, c’était les dissonances que l’on percevait dans le camp des gagnants à propos du plan de Doris Leuthard.

Le PLR déchiré

Les milieux économiques se tâtent encore. Ainsi, «economiesuisse» ne se prononcera sur un éventuel référendum que lorsque celui-ci aura abouti. Dans le camp bourgeois, l’on se dispute déjà. Si l’UDC, qui prétend que la stratégie 2050 coûtera 3’000 francs par ménage et par an, apparaît très unie, en revanche le PLR se déchire déjà. Au plénum, deux tiers de ses élus, à l’image du Fribourgeois Jacques Bourgeois, l’ont soutenue. Ils souhaitent donner un coup de pouce aux énergies renouvelables tout en améliorant l’efficience énergétique par le biais de l’assainissement des bâtiments.

Cette aile majoritaire du PLR soutiendra aussi la politique climatique du Conseil fédéral, qui veut réduire les émissions de CO2 de 50% à l’horizon 2030 pour répondre aux engagements de la Suisse pris l’an dernier lors de la Conférence de Paris.

«Un immense ballon de subventions»

Tout autre son de cloche chez Christian Wasserfallen (PLR/BE), qui donne mille raisons de soutenir le référendum de l’UDC. «Cette stratégie énergétique 2050 n’est qu’un «immense ballon de subventions» qui coûtera 1,3 milliard par an. C’est une deuxième politique agricole», dénonce-t-il. Selon le Bernois, c’est tout ailleurs qu’il faut fixer les priorités. Il s’agit de négocier avec l’Allemagne qui «sabote» le marché suisse en soutenant massivement les énergies vertes, d’améliorer le réseau suisse, de réaliser la deuxième étape de libéralisation du marché et de définir des infrastructures de grande capacité dans lesquelles on décidera d’investir à long terme. «Or, rien de tout cela ne figure dans la stratégie de Doris Leuthard», se lamente Christian Wasserfallen.

Un discours «excessif», tranchait un autre élu qui se désolait de ces divergences. «A droite, certains n’ont pas encore fait le deuil du nucléaire», notait un autre élu du camp bourgeois. Agendée probablement pour le 21 mai 2017, la prochaine bataille de l’énergie promet d’être tout aussi rude que celle qui vient de s’achever.


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