Après l'Italie, la France. Au 2 janvier, la fumée sera bannie des cafés et restaurants de l'Hexagone. En Suisse aussi, les choses bougent: l'an prochain, on votera sur des initiatives demandant une interdiction de fumer dans les locaux publics à Genève, à Nidwald, à Fribourg et peut-être à Neuchâtel et dans le canton de Vaud.

Si les électeurs s'y comportent comme ceux qui ont déjà eu l'occasion de s'exprimer sur le sujet, ces cinq cantons devraient rejoindre Soleure et les Grisons qui ont déjà adopté une telle interdiction.

Et le Tessin où cette dernière est appliquée depuis le mois d'avril. Les explications d'Antoine Casabianca, chef du Service tessinois de promotion et d'évaluation de la santé.

Le Temps: Comment la loi interdisant de fumer dans les locaux publics a-t-elle été accueillie?

Antoine Casabianca: Très bien. Les cafetiers-restaurateurs ont fait campagne en sa faveur avec nous. Ils étaient favorables à une interdiction aussi généralisée que possible, histoire d'éviter de générer une concurrence axée sur la possibilité de fumer. Et l'interdiction présente des avantages économiques: moins de détérioration des lieux, moins de frais de ventilation, etc.

– Ils ne craignaient pas le manque à gagner?

– Une minorité a agité une telle menace. Mais les études internationales montrent que ce n'est pas le cas et les chiffres dont nous disposons vont dans le même sens. L'Italie avait commencé avant nous et si cette interdiction a suscité un certain tourisme, c'est dans l'autre sens: des Tessinois allaient en Italie pour pouvoir manger dans des restaurants sans fumée.

– Il n'y a donc eu aucune résistance à l'application de la nouvelle loi?

– Des établissements ont essayé de tricher, notamment en créant des espaces abrités devant la porte pour les fumeurs. La loi prévoit qu'une tente qui n'est pas ouverte sur plus de deux côtés doit être traitée comme un local fermé. Cette règle n'a pas toujours été appliquée. Les services compétents de l'Etat et des communes ont aussi dû intervenir auprès d'établissements où un lieu pour fumeurs avait été installé devant la porte de sorte que les clients devaient le traverser pour entrer. Mais il s'agit de cas très peu nombreux. La loi est entrée en vigueur en avril, nous avons eu une trentaine de dénonciations et nous avons dû sévir dans cinq à six cas sur 3000 établissements publics.

– Les établissements qui le souhaitent peuvent-ils créer des espaces fumeurs?

– Théoriquement oui. Mais les conditions sont très strictes, notamment en matière d'aération, de sorte qu'aménager un tel espace nécessite un investissement de 30000 à 50000 francs. Personne ne va débourser une telle somme pour éviter un manque à gagner inexistant. La loi fédérale, à ce stade de son élaboration, adopte une stratégie opposée: si un local ne peut pas aménager un fumoir, il peut obtenir une exception à l'interdiction. C'est le meilleur moyen de vider cette dernière de sa substance.

– A-t-on déjà des éléments pour juger de l'impact de la loi?

– Des enquêtes par sondage sont en cours. Les employés des établissements concernés ont été interrogés juste avant l'entrée en vigueur de la loi puis de nouveau en septembre. On constate qu'une majorité d'entre eux se dit satisfaite, et que cette proportion augmente plus vite chez les fumeurs. Ces derniers, en revanche, disent ne pas avoir diminué leur consommation personnelle, ce qui tranche sur les résultats des études internationales.

Par ailleurs, le nombre des clients ne semble pas avoir baissé. Ils restent en moyenne un peu moins longtemps mais consomment autant de boissons qu'avant.

– Et en termes de santé publique?

– En collaboration avec l'Office fédéral de la santé publique, nous allons tenter de comparer la prévalence d'un certain nombre de demandes de soins liés à la fumée avant et après l'application de la loi. Mais c'est assez compliqué: nous devons nous baser sur les chiffres de Santésuisse et ces derniers ne comprennent pas les diagnostics. Il faut donc se baser sur les médicaments et les interventions, c'est plus compliqué.

Nous allons en outre ajouter des questions spécifiques dans l'enquête sur la santé de la population à laquelle nous procédons tous les trois ans. Et, enfin, suivre les statistiques de la mortalité sur cinq ou six ans. Si tout se passe comme à l'étranger, on devrait constater un recul en matière de maladies pulmonaires et d'infarctus notamment.