Le Temps: Dans une récente interview à la télévision française, vous avez appelé à la fermeture des écoles et universités du pays. Quels sont les indicateurs qui vous permettent d’arriver à cette préconisation? L’urgence est-elle la même en Suisse?

Antoine Flahault: J’ai étudié de près, il y a quelques années, le rôle de la fermeture des écoles pour un autre virus respiratoire hivernal, celui de la grippe. Les résultats sont sans équivoque, la fermeture des écoles représente un frein puissant contre la multiplication du virus dans la communauté et permet de sauver des vies chez les séniors. Ce n’était pas un résultat intuitif. La transposition au coronavirus n’est pas immédiate non plus, mais un rapport récent du conseil scientifique britannique (SAGE, 17 décembre 2020), des études internationales menées en Inde, aux Etats-Unis, en Allemagne mais aussi les données de séroprévalence que nous avons conduites à Genève ou des études menées à Zurich laissent toutes penser que les enfants jouent un rôle que l’on avait probablement sous-estimé dans cette pandémie. Lorsque l’on voit la relative stabilité de l’incidence en ce début du mois de janvier, alors que l’on s’attendait à un rebond au lendemain des fêtes de fin d’année, on peut se poser la question du rôle de la fermeture des écoles pendant les quinze jours de vacances scolaires sur cette évolution.