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Antonio Hodgers met en avant son bilan: 5000 logements en cours de construction et 20 000 logements potentiels d’ici à fin 2018. 
© David Wagnières

Élections cantonales

Antonio Hodgers, madré et frontal

Pour son premier mandat gouvernemental, le conseiller d’Etat chargé de l’Aménagement, du logement et de l’énergie a su revêtir ses habits de ministre. Il a obtenu de bons résultats. Son style personnel direct représente un obstacle rédhibitoire aux yeux de certains élus

«Je ne comprends pas la démarche d’aller interroger uniquement les députés. Les professionnels de l’immobilier et ceux des locataires connaissent mieux l’action de mon département.» Il est comme cela, Antonio Hodgers. Il n’hésite pas à remettre en cause les méthodes de celui qui est en face de lui. Frontal. Avec un journaliste, cette stratégie de déstabilisation ne porte pas à conséquence. Elle fait même son charme. En commission du Grand Conseil, face à des députés d’une autre génération qui, majoritairement, ne partagent pas ses convictions politiques, et dont le rôle est de soumettre les ministres à la question, c’est une autre histoire. Qui finit mal.

Son élection au Conseil d’Etat genevois, en 2013, a fait accéder Antonio Hodgers à son premier maroquin. Mais c’est un faux débutant qui s’est emparé du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie. Son premier mandat au Grand Conseil date d’il y a plus de vingt ans. Il a enchaîné les fonctions pour terminer au firmament confédéral, comme chef du groupe des Verts au Conseil national. Le métier de politicien, Antonio Hodgers, 42 ans, l’a déjà beaucoup usé. Le wonder boy de la politique genevoise, c’est aussi lui!

«Le sens des responsabilités»

C’est donc en politicien madré que le Vert a abordé un terrain miné. Le logement, centre d’une crise et lieu de profits, est un dossier complexe dans le canton de Genève. Antonio Hodgers l’a abordé avec prudence. Il a inscrit son action dans la droite ligne du Plan directeur cantonal (PDCn), document élaboré par des magistrats de droite et voté par le Grand Conseil, qui détermine le développement genevois jusqu’en 2030. La démarche a séduit. «Antonio Hodgers a une vision du développement du territoire, le sens des responsabilités», dit ainsi François Lance, député PDC et président de la Commission de l’aménagement. Pour beaucoup d’interlocuteurs, le Vert a su revêtir son habit de ministre. Il s’est d’ailleurs mis à la cravate, cet accessoire si connoté de l’homme de pouvoir.

La méthode porte ses fruits. Avec les communes, le conseiller d’Etat met sur pied un fonds inédit de mutualisation des investissements. «Il a donné une vraie impulsion au logement coopératif», dit Caroline Marti, députée socialiste et secrétaire générale du Groupement des coopératives d’habitation genevoises. Il s’attaque à la lenteur des procédures d’autorisation de construire. Dans un autre domaine, les Services industriels sont dans un piteux état à son arrivée: direction décapitée, investissements insensés dans l’éolien. Le Vert installe une politique apaisée et consensuelle, ce que personne ne lui conteste.

La question des logements

Les choses vont vite se gâter. En zone de développement, où les prix sont contrôlés, le ministre juge la part dévolue à la propriété par étage (PPE) trop élevée et aimerait rééquilibrer la situation, en faveur du locatif et de la coopérative. Dans la zone Praille-Acacias-Vernets (PAV), il veut, au contraire, introduire une part de PPE et doubler la proportion de logements. Pour mener à bien ces réformes, Antonio Hodgers doit modifier le fameux accord sur le logement signé en 2006 et celui portant sur le PAV. Il réunira bien les acteurs du second, mais pas ceux du premier, dont la Chambre genevoise immobilière (CGI). Christophe Aumeunier, député PLR et secrétaire général de la CGI: «Le conseiller d’Etat a décidé de faire sans les représentants des propriétaires et des locataires, considérés comme faisant partie du problème. Cette arrogance a créé de la défiance.»

Ses adversaires politiques portent d’abord leurs remarques sur le terrain idéologique. La nouvelle répartition des logements correspondrait à une augmentation inconsidérée de logements sociaux. Ronald Zacharias, député et candidat GeM au Conseil d’Etat: «La modification de la LDTR [loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d'habitation], qui permet de transformer des locaux commerciaux en logements, Antonio Hodgers aurait dû l’accueillir avec délectation! Aménager le construit au lieu de déclasser du terrain en zone villa aurait dû plaire à un Vert. Mais il est inféodé au Parti socialiste, à qui il doit probablement rendre des comptes. Une part de 62% de logements sociaux dans le premier périmètre du PAV, est-ce raisonnable? La contrainte du budget de l’Etat n’a pas été prise en compte.» «Ne prévoir aucune PPE aux Vernets, un gisement qualitatif pour la ville de demain, est une erreur monumentale», renchérit Christophe Aumeunier. «On n’a jamais construit autant de PPE depuis vingt ans, ce que je trouve positif», rétorque le magistrat.

Rapport de force

«Antonio Hodgers s’est heurté à un mur dans les séances de la Commission de l’aménagement», confirme François Lance. Et les reproches de se déplacer sur son style personnel. «Face à une opposition, il devient assez dur, continue le député PDC. C’est un réel problème. Il peut faire des remarques blessantes.» «Il est bien sûr capable de solutions intelligentes comme dans le dossier Airbnb, reprend Ronald Zacharias. Mais il est presque toujours dans le rapport de force, dans le marchandage. Avec lui, c’est la «souk attitude» perpétuelle.» Dans son camp, on loue au contraire cette pugnacité. «Etre intransigeant sur certains principes est le propre d’une négociation», résume Caroline Marti.

Même lorsqu’elle est inscrite dans le fameux PDCn, et donc théoriquement adoubée, l’action du magistrat est le prétexte de jeux partisans. Le déclassement de 11% de la zone villa pour y construire plus densément «inquiète», dit André Pfeffer, député dont le parti, l’UDC, fait campagne contre la «démesure» avec laquelle Genève se développerait. «Les propriétaires ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés», assure-t-il.

Avec la droite parlementaire, la situation est bloquée. A gauche, le conseiller d’Etat a su arrondir les angles. «Après avoir cherché à se positionner au-dessus de la mêlée, Antonio Hodgers est revenu vers nous et a fait preuve de pragmatisme. Son bilan reste bon», confirme Christian Dandrès, député socialiste et représentant de l’Asloca.

Je suis attaché à construire des majorités larges, comme je l’avais fait au Grand Conseil en 2006 avec le Parti radical. Je n’ai pas changé depuis.

Antonio Hodgers, conseiller d’Etat

Le ministre encaisse les critiques avec calme. Il met en avant son bilan chiffré: 5000 logements en cours de construction et 20 000 logements potentiels d’ici à la fin 2018. «Je suis attaché à construire des majorités larges, comme je l’avais fait au Grand Conseil en 2006 avec le Parti radical, continue-t-il. Je n’ai pas changé depuis.» Pour lui, le blocage actuel est notamment une question de culture politique, dans un canton où le compromis est considéré comme une défaite: «Faire accepter de la propriété privée aux signataires de l’accord sur le PAV, où seul du logement locatif était prévu, était une main tendue que la droite aurait dû saisir.»

Son analyse va plus loin. La politique fiscale de la majorité de droite est axée sur la croissance du PIB. Mais il n’y a pas de majorité parlementaire pour en soutenir la conséquence: construire du logement. «Le débat est complexe et la discrépance, à l’intérieur de la droite, toujours plus forte, conclut-il. La corde va lâcher. Ce sera un enjeu central de la prochaine législature.» Le Vert a du métier.

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