Genève

Antonio Hodgers: «La nouvelle loi dynamisera l’ensemble du projet Praille-Acacias-Vernets»

Si les Genevois approuvent le Grand Conseil, l’ambitieux projet urbain au cœur de Genève comptera le double de logements initialement prévus. Responsable de l’aménagement, Antonio Hodgers répond aux opposants qui contestent cette stratégie de développement

Les Genevois voteront en juin sur le projet d’aménagement du secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV). Le Grand Conseil a en effet accepté vendredi d’y augmenter la proportion de logements par rapport aux emplois et d’introduire de la propriété par étage (PPE). Une convention signée en 2010 réglait le nombre d’emplois et de logements dans le PAV. La modification apportée par les députés (le nouveau ratio est de 12 400 logements pour 6200 emplois) est soumise à un référendum populaire. Pour Antonio Hodgers, chef du Département de l’aménagement et du logement (DALE), ce vote à venir «est l’occasion d’écrire une page de l’histoire territoriale du canton».

Qu’est-ce que cette modification du ratio logements/emplois va apporter?

Antonio Hodgers: Cette nouvelle loi va permettre de construire 1900 logements supplémentaires par rapport à ce qui était prévu, sans augmenter la densité du quartier. L’autre avantage est d’apporter plus de mixité sociale puisque nous introduirons de la propriété par étage en réduisant la part de logements d’utilité publique (LUP).

Y a-t-il des quartiers du PAV où cette nouvelle loi accélérera des projets?

Oui, dans le secteur de l’Etoile, dans celui d’Acacias 1 et de Grosselin, par exemple. Des investisseurs avec lesquels nous travaillons depuis quelque temps se montrent intéressés. Sous l’ancienne loi, construire était possible mais moins attractif, comme le montre l’exemple du projet des Vernets, qui comporte 0% de PPE et deux tiers de LUP. Mais cet ancien ratio est néanmoins souvent problématique pour faire tourner les plans financiers des investisseurs. La nouvelle donne va dynamiser l’ensemble du PAV. Les plans localisés de quartier avancent, les acteurs commencent à y croire. J’espère donc que le peuple suivra le Conseil d’Etat.

Le projet de construire des tours dans le quartier de l’Etoile a-t-il toujours cours?

Oui, il est toujours d’actualité. Récemment, un investisseur britannique est venu nous rencontrer. Ce quartier attire des investisseurs au niveau international. Il faut avoir des ambitions architecturales élevées. L’investissement se monte tout de même à un demi-milliard de francs par tour.

Lire: A Genève, «une colère sourde» contre plusieurs projets immobiliers réunit 200 personnes

Des opposants à trois projets immobiliers dans le canton ont manifesté dans les rues de Genève ce samedi. Ils critiquent votre politique qui viserait, à leurs yeux, au bétonnage et à la surdensification. Que leur répondez-vous?

Le débat est plus large que leur opposition aux trois projets. Il touche au développement de Genève et à la cohérence entre la politique économique, la politique migratoire et l’urbanisation. Cependant, à mes yeux, les opposants réagissent surtout sur une base égoïste. Ils protègent leurs villas. Mon but est d’arriver à un développement maîtrisé, notamment en construisant où cela fait sens. Le Plan directeur cantonal prévoit d’urbaniser seulement 11% de la zone villa; c’est raisonnable. Si je suis d’accord avec leur constat philosophique qu’il faut maîtriser notre développement, je leur réponds que maîtriser n’est pas figer. Si on ne construit pas suffisamment, cela provoquera une hausse des frontaliers, des routes saturées, plus de pollution et des tensions, sur lesquelles est né le MCG. Ces trois dernières années, nous avons construit 2000 logements par an. Je considère que nous avons concrètement minimisé le phénomène transfrontalier. Les choses bougent enfin.

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