Genève

Antonio Hodgers: «Pierre Maudet et moi ne sommes pas à couteaux tirés»

D’amis, Antonio Hodgers et Pierre Maudet ne sont pas devenus ennemis. Le nouveau président du Conseil d’Etat genevois réagit suite à un article de la presse dominicale, qui affirmait que les deux ministres sont aujourd’hui divisés.

Un peu navré, le président du Conseil d’Etat genevois, Antonio Hodgers, devant la publication du Matin dimanche avançant qu’il «règle ses comptes avec son ex-ami Pierre Maudet». Un peu marri devant «ce raccourci caricatural». Le journal dominical présente en effet une vieille amitié qui s’émousse au fil des ans avant d’être définitivement enterrée. La sortie de route du conseiller d’Etat PLR aurait été prévisible pour le Vert, qui avait noté l’accointance de son collègue avec certains milieux économiques. Après des années de complicité, la division.

Le Conseil d’Etat fonctionne, on avance sur l’ordre du jour, on ne s’adonne pas à la psychologie de groupe, Pierre Maudet amène ses sujets et moi les miens.

Antonio Hodgers, président du Conseil d’Etat genevois

Encore eût-il fallu que l’amitié soit profonde: «Nous étions plutôt des compagnons de route, rectifie le ministre. Pierre et moi nous connaissons depuis l’âge de 13 ans, quand nous siégions au Parlement des jeunes. Nous avons un parcours commun, avec ses divergences, ses richesses, mais nous ne buvions pas de bières ensemble.» D’un côté, il y avait le Pierre Maudet déjà investi d’une mission, d’une ambition conquérante, tout entière dévolue à l’ascension politique. De l’autre, un Antonio Hodgers plus joueur, qui a fait ses armes dans le privé avant de se consacrer à la politique, qu’il ne voit pas comme son destin ultime: «J’ai adoré être un petit entrepreneur, comme j’aime être au gouvernement. Mais la politique pour moi sera sans doute éphémère, elle n’est pas toute ma vie.»

Antonio Hodgers reconnaît entre Pierre Maudet et lui un rapport différent au pouvoir. Ce qui a contribué à ne pas en faire des frères jumeaux, mais qui n’est pas suffisant pour en faire des frères ennemis: «Nous ne sommes pas à couteaux tirés aujourd’hui. Notre capacité à gouverner ensemble est intacte. L’affaire a sans doute brouillé le tableau, mais elle ne nous a pas paralysés. Le Conseil d’Etat fonctionne, on avance sur l’ordre du jour, on ne s’adonne pas à la psychologie de groupe, Pierre Maudet amène ses sujets et moi les miens.»

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«J’ai de l’empathie face au destin humain»

Si Antonio Hodgers n’avait pas besoin de la chute de Pierre Maudet pour remplir son costume, cette dernière lui aura quand même permis de s’affirmer davantage. Pour autant, le cadet n’en profite pas pour démolir l’aîné: «J’ai de l’empathie face au destin humain. Ce qui lui arrive est un drame, au sens presque grec du terme. Si je suis déçu, je ressens aussi une énorme tristesse.»

Il n’est pas le seul. Vincent Maitre, qui sera président du PDC genevois dans quelques jours et de la même génération que les deux ministres, n’est pas de ceux qui participent à la curée: «Sans vouloir justifier le mensonge, la politique est faite de pouvoir, parfois de manipulations, parfois de mensonges. Ceux qui jouent les ingénus vertueux aujourd’hui sont au mieux des hypocrites, au pire des manipulateurs à leur tour.» Mais pour l’instant, l’affaire Maudet n’a conduit ni à l’introspection du monde politique ni à son indulgence.

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