Pouvoir

Dans les appartements des sept Sages

Le collège se réunit dans un décor qui n’a que très peu changé depuis 1857. Visite guidée

L’organisation interne du Conseil fédéral n’a que très peu évolué depuis 1848. La stabilité du pouvoir est incarnée par ses appartements de l’aile ouest du Palais fédéral, construite en 1857. Au 1er étage, quatre pièces en enfilade avec vue sur l’Aar sont strictement réservées au collège, avec pour chacune des fonctions et un style architectural bien définis.

Le mercredi matin, jour de la séance hebdomadaire du Conseil fédéral, les sept ministres, la chancelière Corina Casanova et les vice-chanceliers André Simonazzi et Thomas Helbling se retrouvent dans l’antichambre, la salle située la plus à l’est. Rénovée pour la dernière fois en 2011, elle n’a conservé que sa cheminée monumentale comme témoin de son style néogothique originel. En attendant le début de la séance, les conseillers fédéraux boivent le café autour d’une grande table ovale. L’ambiance est informelle. Le tutoiement est de mise.

Juste à côté, la salle du Conseil fédéral constitue le cœur du pouvoir fédéral. De style néoclassique, elle est surnommée «le chalet du Conseil fédéral» en raison des boiseries qui recouvrent les murs et le plafond depuis 1889. Les pupitres des ministres datent de la même période. Ils sont installés les uns en face des autres dans un demi-cercle qui s’est resserré en 2001 dans l’idée d’améliorer le dialogue et de renforcer symboliquement l’image d’un collège uni. Le choix de pupitres individuels illustre la délégation de compétence octroyée par le Conseil fédéral à chacun de ses membres pour la gestion de son département.

Le déroulement des séances du Conseil fédéral est extrêmement ritualisé. Dès l’ouverture de la séance, à 9h tapantes, le tutoiement fait place au vouvoiement formel. Lorsqu’ils s’adressent les uns aux autres, les ministres s’appellent par leur titre – Madame la Conseillère fédérale ou Monsieur le Conseiller fédéral. Primus inter pares, le président de la Confédération s’exprime en premier sur chaque objet traité. Suivent le chef du département chargé du dossier, le vice-président puis les autres membres du collège par ordre d’ancienneté.

Le vice-chancelier André Simonazzi s’occupe de tenir le procès-verbal sur un ordinateur portable qui n’est utilisé qu’à cette occasion – il est mis sous clé entre deux séances. Les objets à traiter sont classés par couleur, selon leur importance. La séance commence avec les listes «orange» et «bleues» (affaires non contestées, avis sur des interventions parlementaires). Les discussions les plus délicates ont lieu ensuite avec les listes blanches (affaires ayant une portée politique considérable) et les listes vertes (affaires confidentielles).

Pendant les trois à six heures que durent les débats, les Conseillers fédéraux sont livrés à eux-mêmes: pour des raisons de sécurité, ils ne disposent ni d’Internet ni de leur téléphone portable. Seule concession à la modernité: chaque pupitre dispose d’une sonnette qui permet d’appeler un huissier pour amener ou reprendre des documents. Avec leur livrée vert bouteille, ce sont les seuls qui peuvent pénétrer dans le saint des saints pendant les séances. Un honneur partagé une fois par année avec le président de la Banque nationale lorsqu’il vient présenter son rapport annuel.

A côté de la salle du Conseil fédéral se trouve le salon du président. De style baroque avec son plafond en stuc, l’endroit est connu du grand public: c’est là que se déroule la photo du Conseil fédéral après l’élection par le parlement. Les lieux accueillent également des visites d’Etat, des remises de lettres de créance d’ambassadeurs étrangers et des réunions avec les groupes parlementaires.

La dernière étape de la visite nous emmène tout à l’ouest, dans le bureau du président. La salle, de style rococo, est la plus contemporaine avec son écran plat et son immense tapisserie de Le Corbusier. La table centrale est équipée de toute la technologie moderne. Le Conseil fédéral s’y réunit pour les Klausur, des séances spéciales en langage fédéral. A cette occasion, il auditionne des personnalités pour approfondir sa réflexion. C’est là qu’une délégation du Conseil fédéral avait reçu Philipp Hildebrand fin 2011, deux semaines avant sa démission.

Seule concession à la modernité: chaque pupitre dispose d’une sonnette pour appeler un huissier

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