Tout particulièrement en Suisse romande, les places dédiées à l’accueil des gens du voyage se font rares. Une dizaine de communes acceptent de recevoir cette population sur leur terre, mais ce n’est pas suffisant pour les Yéniches. Selon Rosalita Giorgetti de l’Office fédéral de la culture, en charge de ce questionnement, «il est grand temps de mettre en place les solutions nécessaires pour répondre au droit constitutionnel».

Après plus de quatre heures de discussions animées entre élus locaux et gens du voyage, le préfet Etienne Roy a conclu la séance en posant sur la table un projet incitatif. «Nous voulons proposer à de nouvelles communes de tenter l’expérience d’accueil des gens du voyage au moyen d’un test grandeur nature. Je suis prêt à encadrer les municipalités qui le souhaitent à organiser cet essai sur une quinzaine de jours en 2022 afin d’établir une première analyse.» A noter encore que chaque place d’hébergement doit répondre aux normes d’aménagement du territoire.

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Une réputation injustifiée

Derrière cet appel se cache un rejet indéniable des gens du voyage qui ne cesse de se faire ressentir. Présents lors de ces assises, les syndics de Bretigny-sur-Morrens, de Froideville, de Penthalaz et d’Etoy ont déjà eu à faire aux Yéniches plusieurs fois. Tous s’accordent pour dire que ces séjours se sont, généralement, très bien passés, mais que les villageois ont parfois du mal à accepter la démarche. «C’est dur d’informer nos habitants. Nous n’avons pas en notre possession les outils nécessaires pour les rassurer», déplore l’édile de Froideville Jean-François Thuillard. Le préfet a proposé d’établir prochainement un document pour répondre à cette requête.

Avec ces retours positifs, Albert Barras, porte-parole romand de la communauté yéniche regrette que leur réputation ne leur permette pas de s’installer dans de nouvelles régions. «Je vous remercie d’être venus à cette discussion. Mais, je remarque avec déception que la plupart des syndics présents sont ceux qui nous ouvrent déjà les bras.» Face à ce constat, le représentant des gens du voyage n’a pas manqué de lancer une petite pique aux absents. «Actuellement nous sommes contraints de nous imposer dans certains endroits. Alors si nous devons passer par là pour nous faire connaître par d’autres communes, on le fera.»

Installée en Suisse depuis plus d’une centaine d’années, la communauté yéniche est définie comme étant une minorité. Depuis la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 1970, les autorités ont tenté de réprimer, y compris par la violence le mode de vie itinérant et de contraindre les gitans à se sédentariser. «Je suis tout aussi Helvète que vous», lance Albert Barras. «Il faut comprendre que nous ne voyageons pas que pour le plaisir mais surtout pour retrouver nos clients.» Brocanteur, le porte-parole de la plus importante communauté du pays assure que ses acheteurs l’attendent chaque année de pied ferme.

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Quelques déboires à éviter

Si l’attitude constructive des Yéniches a été relevée tout au long de ces assises, Christian Weiler, municipal de la police à Yverdon est quand même revenu sur leur intrusion dérangeante. En 2015, ils avaient forcé le passage pour s’installer sur la place du Comptoir qui avait lieu en même temps. «Ce genre de pratiques donne une très mauvaise image de ces populations. Nous les accueillons pourtant régulièrement, mais de manière autorisée», regrette l’élu local.

À Yverdon, l’arrivée des gens du voyage rime aussi avec investissement. En plus de la location de l’espace, l’exécutif du Nord vaudois exige un effort social de la part de chaque communauté. «Nous organisons des visites pour les écoles ou une conférence ouverte aux habitants de la ville. C’est important qu’il y ait un échange entre les différentes cultures pour que chacun se respecte», poursuit Christian Weiler.

Ces assises ont eu lieu grâce à l’interpellation du syndic d’Etoy José Manuel Fernandez, qui accueille régulièrement les Yéniches dans son village. Conscient des difficultés éprouvées par ces populations, l’élu local a interpellé le département de Béatrice Métraux pour trouver des solutions. En collaboration avec le préfet Etienne Roy, une étude a été menée pour établir une liste de tous les lieux appartenant à l’Etat où pourraient s’installer de temps à autre les gens du voyage. A la suite de ces recherches, une aire de passage pourrait voir le jour, dans les prochains mois, du côté du Mont-sur-Lausanne.