Arrêté mardi dans le district de Thrissur de l’Etat indien du Kerala, J.B., un universitaire genevois de 24 ans, a subi plusieurs interrogatoires de la police locale depuis deux jours pour établir la nature de ses liens supposés avec les rebelles maoïstes locaux, rapporte jeudi le «New Indian Express».

En voyage en Inde depuis le début du mois de juillet, J.B. est accusé par les autorités locales d’avoir participé à une réunion organisée en mémoire d’un militant maoïste indien, décédé le mois dernier alors qu’il était en train de confectionner des bombes artisanales. Alors que le mouvement maoïste est interdit en Inde, J.B. aurait également donné une interview, sous un prête-nom, à un journal local proche du parti communiste mais néanmoins autorisé, affirmait quant à lui le «Times of India» mercredi.

La barrière de la langue

Les autorités du Kerala ont inculpé J.B. de violation des conditions de visa, les touristes étrangers étant tenus de s’abstenir de tout militantisme politique en Inde. Le jeune homme est pour l’instant détenu dans la prison de la ville de Irinjalakuda, où il doit rester jusqu’au 12 août. Un tribunal devrait rapidement statuer sur son maintien en détention, demandé par les policiers chargés de l’enquête, poursuit le «New Indian Express».

Selon le quotidien, les enquêteurs se heurtent à la barrière de la langue au cours des interrrogatoires. «Bien qu’il comprenne l’anglais, il ne nous répond qu’en français, a confié un enquêteur au journal indien. Il ne coopère pas avec nous.»

Un représentant de l’ambassade de Suisse devrait lui rendre visite prochainement sur son lieu de détention, peut-être même dès demain, affirme la «Tribune de Genève» dans son édition de jeudi. En contact avec la famille du jeune homme, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a annoncé mercredi être en «contact avec les autorités indiennes compétentes et assurer la protection consulaire à la personne concernée».

«De manière générale dans ce type de situations, la protection consulaire peut consister à recommander un avocat à la personne concernée, ou à assister au procès, si procès il y a, confie le porte-parole du DFAE, Jean-Marc Crevoisier. Le simple fait de marquer notre présence est déjà un signe pour les autorités locales que la personne est soutenue.»

«Pseudo-démocratie»

En Suisse, le conseiller national Manuel Tornare a été le premier à plaider, sur Twitter, pour la libération de J.B. Contacté, il se montre très clair: «Il est inadmissible que quelqu’un qui est en visite en Inde soit arrêté parce qu’il aurait fait ou dit quelque chose qui déplait. J’avais déjà critiqué le laxisme du gouvernement indien après le viol d’une Suissesse sur place, je suis obligé de réitérer: l’Inde est de toute évidence une pseudo-démocratie. Ce jeune homme a éventuellement soutenu un leader d’extrême-gauche, mais il n’a pas appelé à la subversion. On n’arrêterait pas un touriste indien en Suisse s’il critiquait, même vertement, Johann Schneider-Ammann! Je le dis en tant que parlementaire fédéral: il faut absolument que le DFAE fasse tout ce qu’il peut pour que J.B. soit libéré dans les plus brefs délais!»

Secrétaire permanent du syndicat étudiant genevois CUAE jusqu’au 31 décembre 2013, J.B. est connu pour son engagement politique à gauche. Il s’est notamment illustré l’an dernier dans la campagne contre la hausse des taxes d’études. Selon nos informations, J.B. a fait partie de la Jeunesse socialiste (JS) genevoise jusqu’en 2012, date à laquelle il aurait quitté le mouvement. «Parce qu’il considérait que la JS n’était pas assez à gauche», précise une source.