Ils y sont tous, sauf ceux de l’UDC et l’UDF. Les présidents du PLR, du PDC, du PBD, du Parti socialiste, des Verts, des Verts libéraux, du PEV, du PCS et du PST ont tous signé mardi un appel à voter contre l’initiative anti-minarets. Une démarche commune plutôt inhabituelle pour rappeler qu’ils s’opposent, «comme le Conseil fédéral, le parlement, les organisations économiques et syndicales», avec fermeté au texte lancé par une poignée d’UDC et de membres de l’Union démocratique fédérale.

Christian Levrat, le président du PS, est à l’origine de la démarche. Il a rapidement su convaincre le président du PLR, Fulvio Pelli. Les libéraux-radicaux se sont ensuite attelés à rédiger un communiqué, signé par les autres présidents de parti. Doit-on en déduire que les partis sont nerveux et qu’ils craignent que l’initiative soit acceptée? «On ressent un certain décalage entre les sondages qui ne sont pas trop alarmistes et ce qu’on nous dit au sein de la population», admet Christophe Darbellay, le président du PDC. Il affirme avoir lui aussi pensé à une démarche commune il y a quelques semaines déjà.

Christophe Darbellay craint en fait que, dans le secret de l’urne, beaucoup votent «contre l’islam». «Nous ne portons pas de lunettes roses. Il existe certains problèmes avec les musulmans. Mais cette initiative ne résout rien. Et les conséquences d’un oui seraient désastreuses sur le plan économique et pour notre image», insiste-il.

Ce geste peut aussi être interprété comme une volonté de donner un dernier coup de rein lors du sprint final qui s’annonce difficile. Car, face aux provocations et affiches agressives de l’UDF et de l’UDC, les opposants n’ont pas été très visibles durant la campagne. Il manquait un geste fort, d’autant plus qu’ils sont partis en rangs dispersés. Le PLR n’a par exemple pas voulu rejoindre un comité PDC/PS/Verts, soucieux de toucher ses propres électeurs avec ses propres arguments. «Nous avons pris l’option de faire campagne séparément des autres partis pour augmenter les chances de succès et éviter aussi de stigmatiser les partisans de l’initiative, ce qui n’empêche pas une action commune de fin de campagne!», commente Hugues Hiltpold (PLR/GE).

Un précédent en 2004

Inhabituelle et plutôt originale, la démarche n’est pas pour autant unique. Des appels de ce genre, réunissant la plupart des partis, ont déjà été lancés. Cela a notamment été le cas lors de la campagne sur les naturalisations facilitées en 2004. Les partis gouvernementaux, UDC exceptée, avaient alors lancé un appel à un «sursaut républicain» en réaction aux dérapages de la campagne du parti de Christoph Blocher. Un sursaut intervenu tardivement – trois jours avant la votation! –, qui n’a pas eu l’effet escompté, les projets de naturalisations facilitées pour les deuxième et troisième générations ayant été balayées.

«Cette fois, il nous semblait du coup plus judicieux de parler du fond et pas de la forme», souligne un libéral-radical. Les partis rappellent ainsi, dans leur communiqué, que l’initiative «viole nos valeurs», qu’elle menace la paix religieuse et qu’elle est «inutile», la Suisse ayant les moyens légaux d’éviter que tout édifice religieux soit construit dans un endroit inadéquat. Ils insistent aussi sur le fait qu’elle n’assure pas la sécurité, qu’elle est «dangereuse», «contre-productive» et qu’elle «casse les efforts d’intégration».

«Imaginez un peu l’angoisse si, seule contre tous, l’UDC devait faire un résultat proche de 50% voire l’emporter le 29 novembre. Ce serait un désaveu cinglant pour la classe politique qui, plutôt que d’être à l’écoute des craintes légitimes de la population, produit des leçons de morale et censure les opinions non conformes!» ironise Oskar Freysinger (UDC). Jeudi, ce sont les sections femmes du PLR, du PDC, du PS et des Verts qui monteront au front. Sous le slogan «Contre l’interdiction des minarets – pour l’égalité des sexes!»

Pour la seconde fois en dix jours, la Mosquée du Petit-Saconnex (GE) a déposé une plainte pénale contre inconnu. Après un faux appel à la prière, elle a été caillassée dans la nuit de dimanche à lundi. (ATS)