Après le groupe Sun Store, la Cosama (Conférence suisse des assurances maladie et accidents) a signé une deuxième convention, similaire, avec deux pharmacies valaisannes de Conthey et Ardon, les pharmacies Turci. A l'instar de la chaîne vaudoise, qui dispose de 7 points de vente en Valais, les pharmacies Turci ont annoncé mardi qu'elles renonçaient dès le 1er septembre à percevoir les deux taxes «conseil» introduites en juillet dans le nouveau système de rémunération des pharmaciens. Soit les 7 francs 25 pour la tenue trimestrielle du dossier, et les 4,20 francs pour la taxe dite «pharmacie».

Vincent Claivaz, le directeur de la Cosama – association qui représente environ 1,5 million d'assurés en Suisse (Groupe Mutuel, Assura, Caisse-maladie CFF, etc.) –, se réjouit de ce ralliement: «En 1999, nous avions fait des propositions de rabais aux quelque 1600 pharmacies de Suisse, et nous n'avions obtenu aucune réponse. Aujourd'hui, les choses commencent à bouger, car certains pharmaciens ne sont pas d'accord avec le nouveau système.»

Si la signature des deux officines Turci n'a de loin pas une importance quantitative, il suscite toutefois l'inquiétude des pharmaciens valaisans, car leurs propriétaires ont vendu une part de leur capital au président-directeur du Groupe Mutuel, Pierre-Marcel Revaz, et à un autre administrateur du même holding. «Nous avions l'occasion de participer au capital-actions, précise Pierre-Marcel Revaz, et nous l'avons fait. Objectivement, nous n'avons pas l'intention d'acheter 150 pharmacies. On aimerait certes étendre ce partenariat à d'autres établissements au gré des opportunités. Cela reste un objectif à déterminer.» Il ne dément pas que cela pourrait se faire notamment dans le cadre des centres commerciaux Magro, dont il est vice-président du conseil d'administration, et qui proposent déjà des pharmacies indépendantes, soumises à des contrats de bail, qui ont été réduits à deux ans.

Pierre-Marcel Revaz voit davantage de rationalité dans la gestion de groupes de pharmacies bien organisés, «qui peuvent offrir des conditions meilleures à leur clientèle». Cela dit, il n'est pas contre le système mis en vigueur, «qui va dans la bonne direction», mais qui engendre des problèmes administratifs importants au niveau du paiement des petites factures.

Si, en Suisse alémanique, il existe des coopératives d'assureurs qui possèdent des pharmacies (Helsana avait participé au lancement de Medi Service, société de vente de médicaments par correspondance), l'acquisition de pharmacies, même indirectement par un biais «privé», est une première pour le Groupe Mutuel, qui représente plus du tiers des assurés (550 000) réunis au sein de la Cosama.

Le président-directeur général du Groupe Mutuel ne voit cependant pas de conflit d'intérêts dans le fait de devenir partenaires d'autres prestataires de soins. Par contre, Pierre-Alain Buchs, président de la Société valaisanne de pharmacie (une centaine de membres), estime que danger il y a: «Dans un tel cas, le risque existe de voir à terme une restriction de la liberté de choix du patient. Par ailleurs, l'ouverture ou la reprise d'une pharmacie nécessite des investissements importants dont la rentabilité est aujourd'hui remise en question. Cet argent, il faut bien le prendre quelque part, c'est-à-dire sur les cotisations des assurés. Il faut se poser la question fondamentale de savoir si cette situation est politiquement acceptable. Si d'un côté une caisse doit faire des économies pour ses assurés, et si de l'autre elle doit rentabiliser des prestataires de soins.»

Pour Pierre-Marcel Revaz, la participation de l'assureur dans des pharmacies permet d'avoir une meilleure vision de cette activité et de proposer des améliorations qui devraient bénéficier aux assurés: «Aujourd'hui nous recherchons d'autres accords allant dans ce sens, notamment sur le plan suisse. Cela nous permet de mieux comprendre le système à l'intérieur, et de proposer des rabais intéressants pour nos assurés et clients.»

Toutefois, d'un côté comme de l'autre, le nouveau système de rémunération accentue le sentiment d'une pléthore de pharmacies. La ville de Sion (environ 27 000 habitants) compte 17 enseignes, soit une pour 1600 habitants. Pour Pierre-Marcel Revaz, cette situation ne pourra pas perdurer: «L'assureur et les cotisants ne sont pas là pour assurer la survie de tout le monde.» Mais une question reste ouverte: est-il logique que l'assureur devienne également un prestataire de soins? C'est là l'enjeu.