Pendant environ cent cinquante ans, moutons et ovins ont pu s’ébattre sans surveillance en Suisse. A part d’épisodiques attaques de lynx solitaires, aucun prédateur à redouter. Puis le loup est revenu. A coups d’incursions irrégulières tout d’abord. Puis en meute. La première s’est formée dans le Val Calanda en 2012. Huit ans plus tard, il y a 100 loups dans le pays, le canidé étend chaque jour son territoire et de plus en plus d’agriculteurs grognent.

Que faire? Contre le loup, deux solutions: se munir de chiens de protection, qui demandent davantage de travail, peuvent parfois être agressifs avec les promeneurs mais obtiennent de très bons résultats. Ou s’équiper de hautes barrières électrifiées, complexes à installer en altitude et demandant beaucoup de maintenance mais qui protègent efficacement les troupeaux.

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Ou alors le fusil. Jusqu’ici les cantons pouvaient déjà décider d’abattre un loup isolé commettant des dégâts. Pour s’attaquer à davantage de spécimens – une meute –, une décision des autorités fédérales était nécessaire. La révision de la loi sur la chasse prévoit d’abolir cette contrainte. Les cantons n’auraient plus besoin d’une approbation de Berne. Ils pourraient «réguler» les animaux de leur propre chef, de manière préventive, sans qu’ils aient commis de dégât.

Le loup peut être une nuisance, c’est irréfutable. Mais son retour permet aussi aux forêts de se régénérer. Car en l’absence de prédateurs, cerfs et chevreuils prospèrent, dévorent les jeunes arbres et affaiblissent la sylve. Celle-ci peine alors à jouer l’un de ses rôles principaux: tenir le terrain. La croissance des ongulés est si forte que, par endroits, les chasseurs ne parviennent plus à la contenir. Or, dans le Val Calanda, peuplé de loups depuis près de dix ans, la forêt va mieux. La Société forestière suisse s’oppose à la réforme sur ce constat.

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Evitons l’angélisme, le loup pose de vrais problèmes aux éleveurs. Il faut les soutenir. Mais il ne faut pas non plus être naïf: donner carte blanche aux cantons touchés revient à condamner le prédateur dans certaines régions. Le loup demeure protégé et compte à peine une centaine d’individus. En pleine crise de la biodiversité et alors que le rôle joué par les forêts face aux effets négatifs du changement climatique ne cesse d’être souligné, les défis posés par le retour du prédateur méritent une autre réponse que des carabines chargées.