Initiative

Après 18 ans d'échecs au Parlement, le congé paternité passera l'épreuve populaire

Le congé maternité a abouti après 60 ans de débat et 5 passages dans les urnes. Les partisans d’un congé paternité comptent convaincre le peuple en une seule fois [Avec carte de l'Europe]

Les Suisses se prononceront vraisemblablement sur un congé paternité flexible de 20 jours financé par les allocations pour pertes de gain (APG). Une alliance représentant 140 associations et fédérations de la société civile a lancé mardi une initiative populaire à Berne. «La Suisse est le seul pays européen qui ne connaît aucun congé paternité dans son droit», s’étrangle Adrian Wüthrich, président de cette alliance et de Travail.Suisse. En réalité, d’autres pays européens ne connaissent pas de congé paternité en tant que tel mais la plupart accordent un congé parental rémunéré, partageable entre les parents.

Pour les initiants, l’idée n’est pas simplement de donner une impulsion ou de faire pression sur le Parlement, qui vient de refuser l’introduction dans la loi d’un congé paternité de 10 jours. L’initiative populaire comporte un délai contraignant de mise en œuvre de trois ans. Et pour cause. «Les familles ne doivent pas attendre encore 60 ans jusqu’à l’introduction du congé paternité comme ce fut le cas pour le congé maternité», clame Adrian Wüthrich.

Une solution «raisonnable», clé du succès 

Inscrit comme objectif dans la Constitution en 1945, le congé maternité a en effet été repoussé ensuite à quatre reprises en votations populaires (1974, 1984, 1987 et 1999). En 2004, 55,4 % des votants plébiscitent une révision du régime des APG permettant de financer un congé maternité de 14 semaines payé à 80 % du dernier salaire. Ce dernier entre en vigueur le 1er juillet 2005.

Père de cette proposition, l’ancien conseiller national et directeur de l’USAM Pierre Triponez (PLR/BE)  estime que la clé du succès de 2004 a été de présenter une solution «raisonnable»: «Les premières fois où l’on a voté, j’ai dit non. Les propositions étaient surchargées, trop généreuses. Finalement, mon idée était de trouver une solution raisonnable pour les femmes qui travaillent. J’ai fait la comparaison avec le service militaire : les femmes qui travaillent cotisaient aux APG sans en bénéficier à quelques exceptions près». Un argument qui a fini par rallier une majorité politique.

Soutien politique faible à droite

Pour le congé paternité, la situation de départ présente des similitudes et des différences. Point semblable, selon Adrian Wüthrich, un congé de 20 jours à prendre sur un an, financé par les APG doit aussi être vu comme un compromis. «C’est une solution raisonnable, car elle se situe entre les 10 jours de congé débattus au Parlement et ceux qui veulent plusieurs semaines, voire mois, de congé parental».

En revanche, la base politique acquise à un congé paternité est moins large que celle que connaissait le congé maternité en 2004. Cela fait 18 ans, 30 tentatives sous une forme ou une autre, que le Parlement fédéral repousse l’idée d’un congé paternité. Et en dix-huit ans, les fronts ont peu évolué à droite. Au PDC, la jeune génération d’élus approuve désormais dans sa majorité l’idée de base d’un congé paternité. Le soutien n’est pas acquis auprès des seniors. Certains PLR romands sont convaincus par l’idée d’un congé paternité. Mais ce n’est pas d'actualité pour la droite alémanique et le milieu patronal, d’autant plus en période de franc fort.

Le coût d’un congé paternité de 28 jours devisé à 380 millions de francs dans une étude fédérale inquiète de nombreux employeurs. L’Union patronale suisse estime qu’il y a, en termes de politique sociale, d’autres priorités financières, notamment l’AVS. «Il est tout à fait possible de financer facilement un congé paternité de 20 jours, rétorque Gerhard Andrey, vice-président des Verts Suisses. C’est une question de choix, je le dis en tant qu’entrepreneur.» Son entreprise offre quatre semaines de congé paternité payé.  


La différence «physiologique»

Tout géniteur du congé maternité qu’il soit, Pierre Triponez pense que la situation n’est absolument pas comparable entre le congé maternité et le congé paternité. «Je ne suis plus actif en politique. Mais en tant que citoyen, je suis contre un congé paternité. Ce n’est pas à l’État de financer les vacances des pères à mon avis. Et il y a une différence physiologique majeure. La femme est dans une situation d’impossibilité de travailler avant et après la naissance.» 
Selon les partisans du congé paternité, père et mère ressentent un besoin analogue de s’investir auprès de leur enfant. «L’égalité n’existe pas sans un engagement paternel», relève Markus Theunert, secrétaire général de männer.ch. «La société est mûre. En quatre heures, nous avons récolté 2000 signatures en ligne pour notre initiative. Nous aurons une majorité dans les urnes», est persuadé Adrian Wüthrich.

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