Le ministre suisse de la Défense s'est montré très présent dimanche dans les journaux alémaniques. Dans la NZZ am Sonntag, Ueli Maurer affirme que la menace terroriste a «constamment augmenté» ces dernières années en Suisse. Il y a encore peu de temps, la Confédération «n'était jamais mentionnée comme cible sur les sites internet», son nom apparaît désormais aux côtés de ceux d'autres pays. Le conseiller fédéral UDC fait surtout un lien avec la crise migratoire. Interrogé sur la possibilité que des terroristes arrivent en Suisse par la voie de l'asile, il répond: «Le danger existe. (…) Que des loups solitaires ou de petits groupes se déplacent de cette manière est envisageable. Des agents dormants vivant parmi nous représentent le plus grand danger, car nous ne disposons pratiquement d'aucune information sur de telles personnes.»

Depuis les attaques terroristes à Paris, des voix, en Suisse comme en Europe, tentent de porter le débat sur la politique d'accueil des réfugiés syriens. Une information diffusée samedi a donné prise à leurs propos: un passeport syrien a été retrouvé par les enquêteurs français «à proximité» du corps d'un kamikaze. Selon le ministère serbe de l'Intérieur, le titulaire de ce passeport - dont on ne sait encore s'il est vrai ou faux - est entré le 7 octobre en Serbie où il a demandé l'asile. Avant cela, l'homme serait arrivé en Grèce en provenance de Turquie.

L'UDC donne de la voix

Dès samedi, dans un communiqué, l'UDC a utilisé une rhétorique bien rodée: elle a critiqué les flux migratoires «incontrôlés en Europe» et dénoncé «le chaos de l'asile». «Les frontières nationales doivent être immédiatement contrôlées avec l'aide de l'armée», exige-t-elle. Pour l'instant, la vigilance est en alerte renforcée, a répondu dimanche dans un communiqué le corps des gardes-frontière. Ces derniers, ainsi que les polices suisse et française ont intensifié les contrôles à la frontière.

Depuis Paris, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a critiqué la politique migratoire européenne, tandis que l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy a estimé que «l’Europe doit se ressaisir et déterminer les conditions d’une nouvelle politique de l’immigration. Il n’y a pas de lien naturellement. Mais enfin, le problème se pose. La vague migratoire due à la situation syrienne, nous devons la maîtriser ensemble.»

En Pologne, le gouvernement conservateur en cours de formation a annoncé son intention de tourner le dos à la politique européenne qui vise à une répartition des réfugiés dans l'UE. «Les décisions du Conseil européen, que nous avons critiquées, sur la relocalisation des réfugiés et immigrés vers tous les pays de l'UE ont toujours la force de droit européen. (Mais) après les événements tragiques à Paris, nous ne voyons pas la possibilité politique de les respecter», a déclaré Konrad Szymanski, futur responsable aux Affaires européennes.

Refus des amalgames 

Depuis la Turquie où se déroule le G20, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a appelé les uns et les autres à garder la tête froide. «Ceux qui ont perpétré les attentats sont exactement ceux que les réfugiés fuient, et non pas l'inverse, et par conséquent il n'y a pas lieu de revoir dans leur ensemble les politiques européennes en matière de réfugiés », a-t-il déclaré. «Celui qui est responsable de ces attaques à Paris ne peut être mis sur un pied d'égalité avec les vrais réfugiés qui cherchent asile», a-t-il estimé, critiquant les «réactions basiques» de ceux qui font un lien entre l'afflux de réfugiés et le terrorisme.

Leader dans l'accueil des réfugiés syriens, l'Allemagne s'inscrit dans la même veine: au G20 encore, la chancelière Angela Merkel a refusé tout amalgame entre les attentats de Paris et les «nombreux réfugiés innocents». Samedi, le ministre allemand de l'intérieur Thomas de Maizières avait déjà appelé à s'abstenir d'établir tout «lien hâtif» entre les attaques à Paris et «le débat sur les réfugiés». Le climat dans le pays est tel que des mesures ont été prises pour renforcer la sécurité des centres d'hébergement de réfugiés afin de contrer d'éventuelles actions de l'extrême droite. Dimanche, la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen a aussi expliqué que la mouvance djihadiste ne se servait pas des flux de réfugiés pour rejoindre l'Europe: «Le terrorisme est organisé de telle manière qu'il ne se risquerait pas sur les routes pénibles des réfugiés, qui incluent des traversées en haute mer aux risques mortels», a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse. Pourtant, après avoir largement ouvert ses portes, le gouvernement d'Angela Merkel a prolongé les contrôles aux frontières jusqu'en février et appliquera à nouveau les règles de Dublin. 

Ne pas se montrer naïf

En Suisse, à l'exception de l'UDC, les partis sont restés discrets sur le sujet ce week-end. Mais, les risques ne pouvant être ignorés, le secrétaire d’État aux migrations, Mario Gattiker, a cherché à rassurer dans la SonntagsZeitung: «Tous les demandeurs d'asile transférés aux cantons sont enregistrés et identifiés», assure-t-il. Les dossiers délicats sont transmis au Service de renseignement de la Confédération pour analyse.

Eviter les amalgames sans se montrer naïf sur la possibilité que quelques individus puissent entretenir des liens avec le terrorisme: c'est l'une des principales difficultés à laquelle sont actuellement confrontés les dirigeants politiques, comme les responsables de la sécurité et des renseignements.